‹ Hippolyte Bellangé et son œuvreChapitre 19 sur 84 · I. Ernest Chesneau · texte numérisé non relu

I. Ernest Chesneau

Avant d'étudier rapidement l'œuvre du dessinateur et du lithog-raphe, au moment où nous venons de terminer l'œuvre du peintre, nous éprouvons comme un remords d'avoir néglig-é quelques détails intimes de la vie privée de l'artiste.

En agissant ainsi, nous n'avons fait que déférer à des désirs éminemment respectables, mais nous ne saurions vraiment dans cette notice — simple préface du catalogue de l'œuvre d'un artiste fécond qui ne doit pas disparaître — nous ne saurions passer sous silence les noms de ces intimes, de ces « vieux amis, ce cordial de l'âme, qui entouraient Bellangé, partageaient sa joie » et devaient plus tard soutenir son courage lorsque la maladie et la souffrance vinrent heurter au logis.

M. Francis Wey, un ami intime lui aussi, en a d'ailleurs soigneusement recueilli les noms. Dans ce petit groupe des derniers temps figuraient avec le gendre du peintre : M. Jules Queval, le colonel de La Combe, MM. Davin, Justin Ouvrié, Gengembre, Delarue, Eugène Le Poittevin et Mène, le célèbre animalier.

A ceux-là faut-il ajouter ceux qui, aux obsèques

de l'artiste, prononcèrent quelques paroles véritablement émues : Auguste Bry, le lithographe; Ferdinand Langlé, rappelant au nom des auteurs et compositeurs dramatiques que les œuvres de Bellangé avaient eu Thonneur d'être mises en scène et qi\Q^ poète dramatique, il n'avait eu qu'un but, consoler sa patrie en lui montrant le drapeau de ses vieilles gloires. C'était enfin le général Le Brun qui, dans une courte improvisation, rappelait nos grandes époques des luttes glorieuses poétisées et exaltées par le peintre, aux funérailles duquel il eût voulu que l'armée pût paraître les armes inclinées en signe de deuil.

Puissent ces tristes détails, que nous croyons cependant indispensables de consigner ici , ne pas réveiller trop longuement de douloiu-eux souvenirs pour la veuve de l'artiste ! M'"" Bellangé, qui fut la compagne fidèle du peintre, — Bellangé s'était marié à vingt-six ans, — a eu d'ailleurs la consolation de voir que les œuvres de son mari n'étaient pas à ranger parmi ces tableaux surfaits du vivant de leur auteur et qui, du joiu* au lendemain, sont totalement dépréciés.

S'il lui était besoin d'ailleurs d'autres consola-, tions, n'en trouverait-elle pas dans l'afîectueuse sympathie de ses deux enfants, dans les délicates attentions de sa fille, M"" Jules Queval, et de son fils, M. Eugène Bellangé, dont l'amitié seule pouvait nous mettre à même d'élever ce modeste monument à la mémoire de son père.

Nous avons passé en revue les principaux tableaux de Bellangé, il nous reste à dire quelques mots de ses dessins et de son œuvre lithographique qui est considérable.

C'est peut-être, d'ailleurs, dans ses aquarelles, ses pastels rehaussés, ses dessins à la plume d'une exécution toujours très soig^née, que le talent et la personnalité de Bellangé s'affirment davantage s'il est possible. Sans nul doute ses tableaux sont caractéristiques, ils se distinguent d'ailleurs à première vue. Mais les dessins et les aquarelles sont généralement d'une habileté extrême.

Souvent Bellangé esquissait une scène au crayon, puis quelques larges touches d'aquarelle et quelques vigueurs massées à la plume achevaient le dessin. Ce ne sont pas là ses productions les moins réussies. Les masses de crayon enveloppant les contours semblaient accuser chaque plan avec plus de fermeté, et les tons d'aquarelles devenus ainsi plus solides donnaient au dessin un relief singulier. Parfois aussi — et principalement pour des séries de costumes et pour des études ainsi que pour de simples croquis — Bellangé employait la plume à l'exclusion de tout autre procédé. Il la maniait en virtuose émérite, exprimant à peu de

Fac-similé d'un dessin à la pU.me de Bellangé. Grenadier de la Vieille Garde. (A M. EugOinc Bcllangd).

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frais ce qu'il voulait dire, et modelant les surfaces avec souplesse et à l'aide de travaux très sobres.

Fac-similé d'un croquis à la plume de H. Bellangé. — Soldat de l'Armée d'Egypte (A M""^ V'' Adclinc aînii, de Rouen.)

Dans sa première manière, il cherchait la couleur à l'aide de quelques larges touches habilement posées, et plus tard il semblait au contraire prendre

à tâche d'achever son dessin dans un sentiment d'eau forte, cherchant à varier ses travaux.

Enfin, dans ses nombreuses mines de plomb, Bellangé a prouvé que le maniement du crayon lithographique Tavait rompu aux mille combinaisons du grené et de la hachure.

On trouvera plus loin le catalogue des principaux dessins de Bellangé. Nous ne décrirons donc point ces quantités de sujets toujours spirituellement traités que de nombreux amateurs tenaient à honneur de posséder. Il en est, et parmi eux nous citerons le commandant de la République, reproduit à l'eau-forte * et exécuté pendant la première année de séjour de l'artiste à Rouen, qui sont d'une concentration d'effet très réussi et d'une vigueur remarquable ; d'autres, au contraire, tels que différents croquis à la plume, sont exécutés avec une légèreté et un brio délicieux, et quantité d'aquarelles sont de petits tableaux minuscules d'un fini charmant.

Mais nous devons mentionner tout spécialement cette série de dessins à la plume inspirés par l'un des romans d'Erckmann-Chatrian, dont l'apparition fit sensation.

Les épisodes de guerre, si admirablement décrits par les romanciers, frappèrent l'imagination de l'artiste.

Bellangé ne devait pas voir la triste époque de l'invasion, mais la lecture de ces romans populaires lui révéla les froides horreurs de la guerre et elles donnèrent à ses derniers dessins un caractère de sincérité

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