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I. M. E. Le Mire (de Rouen

74 HIPPOLYTE BELLANGE ET SON (KUVRE.

Quant à l'œuvre lithographique de Bellangé, elle est entièrement remarquable d'un bout à l'autre.

Les solides qualités du peintre et du dessinateur ont permis à Bellangé plus qu'à tout autre d'aborder en lithographie des scènes d'une extrême complication.

Et toujours l'artiste s'en est tiré à son honneur. Maître absolu d'un procédé séduisant et facile, Bellangé a esquissé en outre de ravissantes feuilles de croquis spirituellement enlevés.

Les différents procédés de gravure — l'eau-forte même qui est le mode de reproduction le plus simple et le plus facile — exigent non seulement une certaine connaissance du métier, mais avant tout ils obligent à traduire le croquis qu'on se propose de reproduire. Graver, c'est interpréter à l'aide de hachures, de points, de pointillés, le trait de l'esquisse librement jeté. Lithographier, c'est simplement dessiner au crayon, avec cette seule précaution de retourner son dessin et de ne pas appuyer par trop sur im crayon trop mou. C'est estomper ses masses de larges hachures, c'est enlever ses blancs d'im coup de grattoir, c'est à l'aide d'une tache d'encre habilement posée faire vibrer l'ensemble.

Ce procédé séduisait les artistes qui voyaient leur travail siu' la pierre et ne furent que médiocrement tentés par le travail négatif de l'eau-forte. Presque tous les artistes de 1830 ont lithographie, mais Charlet, RafFet et Bellangé furent certainement parmi ceux qui lithographièrent avec le plus de frénésie... et de bonheur.

Ces vignettes d'ailleiu-s , ces feuilles volantes , rapidement improvisées, passaient non moins rapidement de l'ateher de l'artiste à l'imprimerie, et de là à la vitrine du marchand d'estampes.

Non seidement en les crayonnant l'artiste pouvait dans ces lithographies réaliser son idée et se livrer soit au genre sérieux, soit au genre comique, mais de plus il complétait sa pensée par la légende, cette légende indispensable et qu'on lit presque aussi rapidement qu'on détaille le sujet.

C'est par ses légendes humoristiques , d'une crânerie et d'une allure éminemment françaises, que Charlet a été classé parmi les plus grands hommes de notre pays, écrivait un jour Delacroix à 1 h. Silvestre *. Mais, ajoutait-il, on ne dressera jamais chez nous une statue à un homme qui n'a fait autre chose que de jouer avec un petit bout de crayon pour faire de petites figures. Le Poussin, continuait-il, a attendu sa statue deux cent cinquante ans; s'il eût brûlé seulement deux villages, il n'eût pas attendu aussi longtemps.

I. Correspondance de DeUcroix — ^uhWcc par Ph. Burty. Paris, 1878. — Lettre du 31 décembre 1858.

Il y a des légendes de lithographie dues au crayon de Bellangé qui sont dignes de Charlet, cependant elles sont en général moins mordantes, et le caractère bienveillant de l'homme se dévoile même dans ces courtes phrases. 11 est aussi amusant, mais il est moins gouailleur, moins loustic, et pour lui une plaisanterie, pour être réussie, n'a pas besoin d'être féroce.

Le tempérament de Bellangé était d'ailleurs tout différent de celui de Charlet. Ce dernier, pour étudier ses modèles sur le vif, ne craignait pas d'absorber une gibelotte arrosée de petit bleu. Bellangé suivit parfois son ami; mais, dès qu'il eut un intérieur, il songea plutôt aux tableaux et ne put dès lors, ni ne voulut continuer cette chasse aux mots anecdotiques qui demande du temps, de la patience et une forte dose de mémoire et d'observation.

Le caractère de Charlet, mal compris par beaucoup, a été, ce nous semble, merveilleusement résumé parCh. Blanc \ Nicolas-Toussaint Charlet, artiste de par la nature, troupier par goût, est resté toujours un grand enfant, c'est-à-dire un gamin de Paris, ne se trouvant bien qu'avec des soldats, des paysans ou des enfants des faubourgs.

Le caractère de Bellangé était tout différent. M. Francis Wey nous a décrit la vie simple, régulière, honorablement entendue et nullement romanesque de cet homme qui ne grimpa jamais sur les tréteaux pour mettre Tartiste en relief, et qui, prudent au plus haut point, sacrifiant de plus en plus à lapein-

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