‹ Hippolyte Bellangé et son œuvreChapitre 2 sur 74 · PREMIÈRE PARTIE · texte numérisé non relu

PREMIÈRE PARTIE

ippolyte Bellangé naquit à Paris le 16 février 1800.

Son père, dit M. Francis Wey — dans la très intéressante Notice qui précède le catalogue de l'exposition posthume 1 — son père était fabricant de meubles.

A la fin du siècle dernier, l'ébénisterie était encore un art, et Bellangé père avait su se mettre en renom

1. Catalogue de F Exposition des OEuvres diHippolyte Bellangé à V École impériale des Beaux-Arts. — Étude biographique, par Francis Wey. —

même à côté de Jacob. Mais le règne des affreux meubles prétendus antiques mis à la mode par l'Empire et de l'épouvantable acajou plaqué que préférait la royauté bourgeoise de Louis-Philippe contribua rapidement au déclin d'une profession qui ne devait se relever que plus tard, lors de ces récentes expositions universelles qui nous ont révélé l'existence non seulement en France, mais encore à l'étranger, de gens de goût et d'artisans délicats.

Hippolyte Bellangé fît ses études au lycée Bonaparte. 11 en sortit après sa quatrième et fut placé dans une maison de commerce. Les frais d'éducation universitaire sont généralement assez lourds à supporter pour de modestes bourgeois, et malheureusement les résultats en sont parfois médiocres. Le jeune homme en savait assez pour apprendre le commerce, c'està-dire pour devenir du jour au lendemain, au lieu d'un écolier paresseusement assis, un petit commis trottant du matin au soir, faisant les courses, portant les paquets, ce qui est, parait-il, la première et inévitable phase de l'éducation commerciale.

C'est alors que, l'enfant ayant cessé d'être écolier, la vocation surgit.

Au collège on est enserré dans une étroite disci-

Paris. Comité de l'Association des Artistes peintres, sculpteurs, etc., br. in-18, 72 pages. — Les membres de la commission de cette Exposition qui avait lieu au profit de la caisse de secours de l'Association, étaient : MM. le baron Taylor, président fondateur ; Pils, président ; Justin Ouvrié, vice-pré Adent ; A. Viollet-le-Duc et E. Bellangé, secrétaires; Gérdme, Louis et Charles Rochct, A. de Fontenay, L. Sabatier, C. Lcfebvre, Fourdrin. Roberts, Le Poittevin, Mène, Allongé, L. David, Guénepin, Raveau, P. de Saint-Martin et C. Mercier, membres.

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pline, plié — ou non — à un travail régulier on devient un bon élève ou un fruit sec. Mais il est bien difficile de prévoir ce que l'élève sera un jour. Pour un lauréat de prix d'honneur qui devient académicien que de noms proclamés au Palmarès dont on n'entend plus parler! Et d'un autre côté combien de médiocrités, après avoir secoué le joug universitaire, se sont créé un nom, tandis que tant de bons élèves ont descendu successivement tous les degrés de l'échelle sociale. . . tous, hélas! jusqu'au dernier; nous en pourrions citer des exemples.

Au sortir du collège, Bellangé affirma énergiquement sa vocation. Le père eut beau résister, l'enfant insista respectueusement, mais résolument. Il fallut céder, et lorsque Bellangé entra dans l'atelier de Gros, il avait seize ans.

Chez le célèbre auteur des Pestiférés de Jaffa, les camarades d'atelier du jeune Hippolyte étaient Bonington, Eugène Lami, Roqueplan, Robert Fleury, Paul Delaroche et Charlet.

Le dernier d'entre eux avait dix ans de plus que le nouveau, mais Bellangé seul savait tenir tète aux charges féroces et aux scies d'atelier d'un loustic dont la verve était déjà proverbiale.

Tous deux vénéraient leur maître, a dit M. Francis Wey, mais pour tous deux le génie idéal, c'était Géricault; et cette commune adoration acheva de rendre inséparables les deux amis.

Cependant, dit M. Charles Blanc, Gros était à la fois un maître de génie et un mauvais professeur, c'est-à-dire un

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professeur exclusif, ulira-classique, peu propre à développer chacun de ses disciples selon ses facultés particulières. Intolérant dans ses préceptes, mais libre dans sa peinture, il imposait à ses élèves les lois rigoureuses du dessin, se permettant pour lui-même la mise en œuvre du costume moderne et les audaces de la couleur.

Heureusement pour Charlet, auquel d'ailleurs son maître avait déclaré qu'il devait voler de ses propres ailes 1 — et pour Bellangé aussi, ajouterons-nous, — leur pauvreté les força de produire sans attendre l'agrément de leur chef d'école, et le nouveau procédé de la lithographie ( 1 8 1 7 ) semble vraiment a voir été créé pour ouvrir carrière aux deux camarades.

Bellangé, cependant, n'oublia jamais son maître et son condisciple d'atelier. Il devait écrire plus tard à M. Francis Wey — en 1861 — une lettre émue qui est une petite merveille de sentiment : « Quand la raison aura fait bon marché de ce préjugé qu'il n'était qu'un talent du moment et des circonstances, on reconnaîtra qu'il a dépensé dans sa vie d'artiste plus de verve, d'esprit, de sentiment surtout, qu'il n'en faudrait pour alimenter une cinquantaine d'artistes contemporains ; et Charlet restera une des cinq à six personnalités qui, dans l'art, survivront à notre époque. — Quant à Gros, dont j'ai eu le bonheur de recevoir les leçons, la postérité a commencé par lui, sa gloire va grandissant 5 mais, hélas! sa succession est toujours vacante! Nous faisons de petites choses sur des toiles

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