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La peinture militaire. — 1876. Revue des Deux Mondes

3 o HIPPOLYTE BELLANGÉ ET SON (RUVRE.

vait par cœur. Les hommes, en effet, dit Ch. Blanc l , changent d'allure, de physionomie et môme de visage, selon le milieu où ils vivent, et ils finissent bien souvent par ressembler à ceux qu'ils fréquentent ; à telles enseignes, par exemple, que les soldats d'une même compagnie ont tous un air de famille.

Charlet donc — et Bellangé — restèrent rigoureusement dans le vrai en se composant un type qu'ils reproduisirent le plus souvent, sans môme prendre la peine d'y rien changer ou peu s'en fallait.

Quant au troupier moderne, au troupier de la seconde moitié du xix* siècle, il n'a été rendu avec son juste relief que par ceux que l'on nomme nos jeunes peintresmilitaires. C'est dans l'œuvre de de Neuville, de Détaille, de Dupray, de Berne-Bellecour que l'historien ira chercher les types militaires de notre époque. Mais pour le Grognard, Charlet, Raffet et Bellangé, ce seront là les seuls auteurs à consulter.

Nous mentionnerons donc seulement la Bataille de l'Aima qui fut acquise pour le musée de Versailles. Le tableau est important, et on retrouve dans cette page historique les qualités de mouvement inhérentes au talent de Bellangé.

Mais combien nous lui préférons ce délicieux tableau de genre intitulé le Départ du cantonnement, et qui figurait au Salon de cette môme année (1855). On voit là Bellangé sous cet aspect familier et anecdotique, qui est tout à son avantage. La scène est peinte avec esprit, elle frise la charge,

r« Histoire des Peintres.

mais elle l'évite, et le tableau plaisant sans être vulgaire fait sourire le spectateur.

Deux cuirassiers vont se séparer de leurs hôtes ou

Motif principal du tableau de Bcllangé. — Le Départ du Cantonnement.

mieux de leurs hôtesses. L'un d'eux déjà en selle, grave, solennel et gardant son sérieux, jure fidélité à une jeune paysanne normande essuyant ses larmes à l'aide de

son tablier. « Va, je te serai fidèle. » C'est un refrain de chanson populaire que le cuirassier, goguenard au fond, mais n'en ayant pas l'air, semble prendre à tâche de déclamer sérieusement. Son camarade, plus jovial et moins difficile, embrasse furieusement la mère de la jeune paysanne, qui, effarée, se défend du poing et du balai de ces caresses intempestives. Près du seuil de la chaumière, un moutard joyeux brandit allègrement son bonnet de coton, et dans le lointain, les détachements se forment sur la place du petit village que le régiment va bientôt abandonner... non sans laisser de nombreux regrets.

Mais ces adieux déchirants doivent nous rappeler qu'à côté des Paysans de Bellangé, il y a des paysannes qu'il ne faut pas oublier.

M. Francis Aubert 1 les a d'ailleurs fort bien décrites, ces petites paysannes adorables, dont la grâce t charmante n'avait rien pourtant de maniéré ou de faux... Quels fins profils, quel petit nez légèrement relevé d'un effet piquant! Quelle aimable jeunesse! s'écriait-il... et il avait raison. On en peut juger du reste par l'une des figures du Départ du cantonnement.

t. U Pays, 8 février 1867.

HIPPOLVTE BELLANGE ET SON ŒUVRE. 3 j

Les Salons de 1856 et 1857 devaient continuer à affirmer les tendances de l'artiste qui, en représentant des épisodes de Crimée, avait pour but de faire œuvre de peintre, après avoir fait tant de fois œuvre de dessinateur.

Le Service de tranchée (1856) nous montre un officier français allumant son cigare à la pipe d'un soldat. Dans les Dernières volontés (1857), ce même officier, frappé à mort, confie sa croix et son suprême adieu pour ceux qui lui sont chers au soldat agenouillé près de lui et prêt à recevoir son dernier soupir.

C'est toujours l'épisode humoristique et l'épisode dramatique et sentimental; le peintre semblant prendre à tâche de présenter réunies sinon au même Salon, du moins à peu de distance l'une de l'autre, ces deux faces différentes de son talent.

Tout le monde d'ailleurs n'a jamais été du même avis sur la supériorité d'un des genres sur l'autre. Ceux qui s'intéressent au sujet ont toujours fait grand accueil aux sujets larmoyants.

« Dans l'œuvre de Bellangé, je suis moins sensible, disait M. Ernest Chesneau, aux sujets larmoyants et aux sujets tout à fait comiques. Sa force,

à mes yeux, continue réminent critique, comme composition, est dans le sourire et dans l'énergie sombre. L'enjouement de l'esprit lui sied à ravir, point le gros comique. Les drames épiques, il les sent et les rend fortement ; il me paraît moins heureux dans le mélodrame où il se rapproche trop de la convention du théâtre de l'ancien boulevard du Temple. »

Mais le critique ajoute avec vérité : « Ce qui éclaire et dirige le talent de Bellangé, c'est la sincérité de son patriotisme ». C'est là un éloge d'une rigoureuse exactitude, et qui s'adresse aussi bien à l'artiste qu'à l'homme privé.

Les Embuscades russes devant le bastion central (Crimée) figuraient aussi au Salon de 1857. Elles devaient plus tard longuement retenir à l'Exposition du quai Malaquais M. Chesneau 1 , qui en fit une superbe description.

11 fait nuit et vraiment nuit, disait-il, et non une nuit de papier peint. La lune court sous les nuages déchiquetés, jetant sa pâle lueur sur le terrain glaiseux découpant les mâles silhouettes de nos soldats, dessinant le contour pittoresque des gabions. A l'horizon, très rapproché par l'obscurité, montent et se croisent dans l'atmosphère les bombes et les obus, décrivant sur le bleu noir du ciel leurs paraboles enflammées, joyeuses comme des feux de file, sinistres aussi comme une constante menace de mort. Et, en effet, le colonel Viennot, de la légion étrangère, vient d'être frappé mortellement. On a souvent essayé de peindre la nuit, les paysa-

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