CHAPITRE IV
. Les plaintes dela'douleuretles éclats de la joie se touchent souvent dans le monde, de même que la simple chaumière s'appuie contre les mursbrillans d'un palais. Le lecteur ne s'étonnera pas d'après cela que nous le conduisions des sombres appartemens où Barbe Radziwill vient d'expirer dans la salle commune de l'auberge de l'Aigle, à Cracovie, où les doux rayons d'un soleil de printemps se réfléchissaient dans les cruches d'étain et sur les visages des \cuis.
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Cinq jours s'étaient écoulés depuis la mort de la reine. Son corps était encore exposé sur le lit de parade , et un grand noDobre d'habitans de la capitale, poussés, les uns par la douleur, les autres par la curiosité, étaient allés contempler ce spectacle à la fois sinistre et solennel. Le premier sentiment paraissait être le plus général parmi les bons bourgeois de Cracovie, et c'était pour dissiper les pensées tristes que leur avait laissée la vue des restes d'une reine si belle et sitôt enlevée à leur amour, qu'ils s'étaient réunis à l'Aigle-Blanche et qu'ils cherchaient à noyer leur chagrin dans le Tin ou l'hydromel. En attendant , dans le nombre des buveurs il y en avait aussi qui n'avaient vu dans la salle tendue'de noir qu'une figure couchée , ornée de trèsbeaux diamans, avec beaucoup de velours, de soie, d'or, et des cierges allumés. Enfin, il s'en trouvait quelques-uns qui , au fond du cœur, se réjouissaient du départ de la Lithuanienne pour sa patrie éternelle , et qui ne cachaient leur joie sous un air indifférent, que parce qu'ils ne jugeaient
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pas prudent de contredire sitôt le sentiment de la majorité.
Au nombre des personnes sincèrement affligées , se faisait remarquer un jeune towarzysz , qui avait peut-être , dans cette occasion , plus de motifs que les autres pour se livrer à ses réflexions sur l'instabilité du bonheur humain ; car il était assis sans faire beaucoup d'attention à ce qui se passait autour de lui , séparé du reste de la société et dans le coin le plus obscur de la salle. Il ne manquait encore que la valeur d'une seule coupe à la cruche qu'il avait devant lui , et cette coupe même il la tenait à la main sans la porter à sa bouche et sans remarquer que des larmes y tombaient. Un bourgeois d'un âge mûr, d'un air distingué dans sa classe, qui portait un habit d'une couleur sombre , et qui îe considérait depuis quelque temps, s'approcha de lui , et lui dit d'un ton amical :
« Il paraît, M. le gentilhomme , que ce que vous avez vu là haut vous a vivement touché , car je vous ai fort bien remarqué dans la chambre mortuaire , ainsi que le
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jeune seigneur vêtu de noir qui se tenait , comme les autres , devant le cercueil , un cierge dans sa main tremblante. Vous lui avez parlé, et il pleurait si fort que l'on serait tenté de croire que son bonheur était couché dans ce beau cercueil tout orné d'écussons , comme celui de notre roi , que Dieu nous conserve long-temps ! Bien des personnes se sont imaginé que c'était un des parens de la défunte ; mais d'autres ont dit qu'il était seulement à son service , et qu'il avait eu en elle une maîtresse bien douce , de même que son cousin , dont la mort tragique à Wisniec , il y a à peu près un an , a fait beaucoup de bruit dans le temps. La pauvre reine doit être bien contente dans le ciel de voir qu'elle a laissé après elle sur la terre des cœurs si reconnaissans. ^
« Oui vraiment , maître Grzegorz , répondit le jeune homme en se détournant pour essuyer ses yeux , elle en a laissé , et je crains même qu'il n'y en ait beaucoup qui ne se doutent-pas encore aujourd'hui de la perte qu'ils ont faite. »
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« C'est très-possible , reprit le bourgeois d'un air pensif. Il arrive bien souvent que le ciel reprend ce qu'il y a de bon , et que la terre a bien de la peine à se débarrasser du mauvais. »
— « Celui que vous avez remarqué , mon brave maître, a bien des motifs pour pleurer la défunte ; si le roi perd en elle une tendre épouse , le staroste de Samborz perd une généreuse bienfaitrice. »
« Et nous tous nous avons perdu une tonne maîtresse , une mère. »
« C'est ce dont nous nous apercevrons, dit le jeune homme , quand la marâtre Tiendra ; et elle ne tardera pas. »
« Et cependant, observa une personne assise à une table voisine , et qui depuis quelque temps remplissait les fonctions d'orateur du parti des indifférens , et cependant d'après les couleurs que vous portez, on voit que vous appartenez à la maison de l'illustre seigneur castellan. D'après cela, M. le gentilhomme,vous devez savoir
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mieux qu'un autre que la défunte, au moment de mourir, a fait jurer à votre patron qu'il veillerait à ce que le roi ne passât jamais à de troisièmes noces.»
« Hem ! il paraît que vous êtes bien instruit , mon voisin , dit celui qui avait parlé le premier ; mais je doute que dans votre tonnellerie vous puissiez savoir bien précisément ce qu'une reine a dit , sans témoins, au premier seigneur laïque du sénat. J'avoue d'ailleurs qu'une conduite si intéressée me paraît peu dans le caractère de la dame Barbe , qui , pendant sa vie , a toujours cherché à faire du bien à tout le monde, tandis que malheureusement on ne lui a pas rendu la pareille. IN 'est-il pas vrai , M. le Towarzysz ? »
« Non vraiment ; une pareille recommandation n'aurait pas été dans son caractère, dit vivement Walenty Bielawski, qui, par son intimité avec le jeune Boratynski, se trouvait mieux instruit que les autres de ce qui s'étaitpassé. Etnesuffit-il pas qu'elle ait été pendant sa vie la victime de la malveillance et de l'inimitié , sans qu'un vaia
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bavardage aille encore , après sa mort, dénaturer ce qu'on est hors d état de comprendre ? »
, « Je suis bien de votre avis , dit le premier bourgeois ; et puisque Sa Majesté avait promis à son couronnement d'être fidèle à la république , elle n'aura certainement pas voulu contribuer après sa mort à une chose qui lui sera fort désavantageuse. Je ne puis m'empêcher de songer au jour où elle se montra à nous sur le balcon dans toute sa beauté , parée avec une magnificence"royale , et où elle nous salua comme ses concitoyens.... Il n'y a pas long-temps do cela , et cependant tout est
fini Que la paix de Dieu soit avec son
âme ! »
En disant ces mots il fit le signe de la croix , et s'éloigna avec un salut amical de Bielawki, lequel ne prit plus de part à la conversation.
« Et cependant , continua l'indifférent , le roi a juré de ne jamais quitter le deuil ; pour cela , ce sont des témoins qui me l'ont dit. »
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• Il est bien possible, interrompit Grzegorz l'armurier, qu'il conserve extérieurement les marques d'une douleur que son cœur n'oubliera jamais ; mais cela n'a aucun rapport avec ce que le bien de l'état peut exiger de lui et avec les devoirs que , roi , il est obligé de remplir. »
« Que nous importe le bien de l'état? répondit le tonnellier. * Nous abandonnons cela à la noblesse. »
« ïNous ne sommes, à la vérité, que des bourgeois , observa un troisième; mais des bourgeois de la capitale, qui estentréedepuis quelque temps dans l'honorable ligue de la grande hanse. iXos privilèges nous autorisent à regarder un peu plus loin que nos ateliers, et même de mettre une supplique au pied du trône quand cela est nécessaire pour le bien de la ville. »
« Et cette ville, dit un quatrième, est la première du royaume. »
« Qu'importe à la ville de Cracovie que le roi soit marié ou non? demanda l'indifférent. Oui, c'est comme je vous l'ai dit.
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li a juré de porter du noir toute sa vie; et comment cela pourrait-il s'accorder avec un nouveau mariage? »
« Allons , allons , toute chose a son temps , interrompit une personne qui n'avait pas encore parlé, et qu'à son habit bigarré on reconnaissait pour ne pas appartenir à la bourgeoisie. Faut-il absolument que ce soit une Lithuanienne ? N'y a-t-il pas dans d'autres pays assez de princesses aussi belles et d'une naissance plus illustre que la veuve du vieux Gastold? Chacun son tour. »
Les hommes, parmi lesquels la conversation avait commencé, levèrent les yeux, et regardèrent, avec assez d'humeur, celui qui osait parler d'une manière si peu respectueuse delà feue reine. Cependant un d'eux reprit :
« Il faut avouer pourtant que c'est un fort beau spectacle qu'un corps exposé sur un lit de parade. Comme le cercueil était brillant, et que le poêle était beau! »
« Oui, il était du plus beau satin noir, » dit un tailleur.
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« Et la couronne, que la défunte avait sur sa tête , observa un orfèvre , ainsi que le sceptre et le globe , posés à côté de ses mains (i) : comme ils étaient brillans de pierres précieuses! Ce serait pourtant dommage que l'on enterrât toutes ces belles choses avec elle. »
— « Vous parlez de choses auxquelles vous «n'entendez rien. Ces diamans sont ceux de la couronne. Aucun Lithuanien n'en peut disposer ni sur la terre ni dessous. >
« C'est vrai, dit le premier bourgeois; elle a laissé ses diamans là ; mais j'en ai vu briller beaucoup dans les yeux des assistans, qui l'accompagneront, je vous en réponds , jusqu'au tombeau. »
« Et il faudra bien qu'elle s'en contente, dit l'homme à l'habit bigarré ; car où pour-
(i)Ceci est conforme à la description de celte solennité qui nous a été conservée par Sigismond-Augustc lui-même dont les lettres sont parvenues jusqu'à nous .
{lYole de l'Auteur.)
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rait-011 s'en procurer sur-le-champ de vrais pour couronner la nouvelle reine? »
c La nouvelle reine ! » s'écrièrent plusieurs voix à la fois , et le brave homme, qui avait parlé le premier au towarzysz , n'adressant particulièrement à celui dont les discours avaient donné lieu à cette exclamation , lui dit :
« Je sais, depuis long-temps, mon ami l'Écrivain , -ou quoi que vous soyez maintenant, que vous n'avez jamais manqué de nouvelles ; mais leur authenticité a toujours été assez douteuse. »
Cependant les autres , dont la curiosité avait été excitée, prièrent le nouvelliste de dire tout ce qu'il savait, et ils demandèrent à l'hôte une cruche de ce qu'il avait de meilleur pour M. l'huissier de la chancelleiie.
« Je vous demande bien pardon , Messieurs, je vous demande bien pardon, dit celui-ci en prenant ce qu'on lui offrait; mais il y a lon^-temps que je n'ai plus aucun droit à ce titre. Je suis maintenant
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■comme qui dirait un domestique de bonne maison sans place. Mais qu'importe , ajouta-t-il en frappant de toute sa force de son poing sur la table ; quand on a pour soi la loi et les prophètes , on peut bien se donner un peu de loisir. »
« Nous savons , dit avec une extrême politesse le tonnelier qui était celui qui avait combattu le plus vivement la nouvelle du nouveau mariage du roi ; nous savons que vous avez été pendant quelque temps au service de la Milanaise. »
« Au service du diable, interrompit Waclaw, que sa dernière coupe avait mis dans cet état d'ivresse auquel il se livrait si volontiers. Au service du diable, vous voulez dire , M, le Tonnelier. »
« Et quand on se trouve chez des personnes si augustes, continua l'autre, on apprend bien des choses que nous n'avons point l'occasion de savoir. »
— « Taisez-vous donc , voisin , et laissez parler M. Siewrak. A votre santé , M. le valet de chambre. »
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« II a été question pendant quelque temps de la demoiselle de Podolie, dit un des bourgeois d'un air important. Serait - ce celle-là dont vous voulez parler? »
« Que voulez-vous dire avec votre demoiselle de Podolie ? dit Siewrak en frappant sur la table. Non ma foi ! Nous en avons eu assez d'une de ce genre. »
— « Qui est-ce donc ? »'
— « Vous imagineriez-vous , par basard , qu'un homme comme moi dit ce qu'il sait pour une cruche d'hydromel ? Croyez-moî, quand vous rentrerez chez vous , si on vous demande ce qui en est , dites hardiment que vous n'en savez rien. »
— « Encore une cruche pour M. le valet de chambre. »>
— «Je m'étais bien douté tout de suite qu'il n'en savait pas plus que nous. Vous verrez qu'il boira votre hydromel et que vous n'en saurez pas davantage. »
« Je ne sais rien? s'écria Siewrak, dont les yeux commençaient déjà à lui rouler
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singulièrement dans la tête. Sachez, mon ami, que si vos oreilles avaient enteuda seulement la dixième partie de ce qui est arrivé jusqu'aux miennes , elles vous bourdonneraient comme le grand soufflet de votre forge quand il perd le vent. Je ne sais rien? moi qui ai eu le nez partout, moi de qui la ttinte est la bonne amie du diable , qui prédit le vrai ou le faux , selon qu'ont la paie bien ou mal. »
« Voilà en vérité une bien bonne garantie de l'exactitude de vos nouvelles ! » dit l'armurier.
«Je ne sais rien? dit l'autre en s'échàuffant de plus en plus; hé bien ! pour vous prouver que je sais quelque chose, je vous dirai qu'il n'est point question de la demoiselle de Podolie. Des personnes de cette espèce retournent chez, elles comme elles sont venues , et c'est ce qui ne tardera pas à arriver pour elle. »
Quelques-uns des bourgeois observèrent que la mère était si orgueilleuse qu'elle mériterait bien cet affront; mais qu'ils ea
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seraient fâchés pour la jeune personne qui était bien aimable. Cependant , l'éclat des ^ paroles de Siewrat , dont l'ivresse allait en ! augmentant , avait fini par troubler la rêverie dans laquelle Bielawski était tombé depuis que maître Grzegorz l'avait quitté. 11 leva la tête , et en reconnaissant Waclaw il parut écouter avec plus d'attention la suite de son discours.
. «Oui, continua celui-ci, les gensdonton n'a plus besoin on les envoie promener comme j'ai envoyé ce jeune homme à Wysniec, dans un endroit où il s'est enrhumé au point qu'on a été obligé de l'emporter. Sachez que je suis un bachelier ès-lettres. »
« Le jeune homme ! à Wysniec ! » dirent ks assistans.
« M. le bachelier tient des discours un peu énigmatiques , observa l'armurier d'un air assez mécontent , et il me paraît qu'il vaudrait mieux pour lui et pour nous qu'il ne parlât pas plus clairement. »
«Énigmatique , dites-vous.-^ reprit Siewrak, à qui cette observation avait rendu
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in peu de présence d'esprit. Je conviens que ce sont des énigmes pour vous et vos pareils , mais dont vous pourriez trouver vous-même le mot , si vous avez assez d'esprit pour cela. D'ailleurs, il ne convient pas de dévoiler de pareils mystères à des oreilles vulgaires, quoiqu'il "me soit ordonné de causer et de boire , et qu'il n'y ait rien qui me convienne mieux que cela. Cependant, comme dit ma tante : Trop est malsain. »
« Ecoutez-moi, Monsieur et ami, dit le tonnelier : je vous conseille, quand vous buvez avec des bourgeois de Cracovie , de ne pas vous servir d'expressions du genre de vos pareils et oreilles vulgaires , si vous n'avez pas envie que vos propres oreilles en souffrent. »
— « Laissez-le tranquille , compère. Il a été au service de Kmita , et on ne peut pas se fier à lui. »
« Et qui êtes-vous donc? dit Siewrak d'un air dédaigneux ; misérable peuple qui êtes obligé de lever plusieurs milliers de fois par semaine le marteau ou l'aiguille ou le
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maillet pour pouvoir vous amuser une fois, le dimauche , tandis qu'un homnae comme! moi gagne plus d'un seul pas que tous' dans tout un mois, et a même le plaisir de' jDoire pour l'argent des autres? Vous faites les fiers , vous vous vantez , et cependant j si monseigneur Kmita passait devant vosi sales ateliers, et faisait un peu la mine, comme il lui arrive souvent, vous seriez! tous à genoux dans la boue , vos bonnets î de cuir à la main et criant : Dieu conserve l'illustre vaivode ! quoiqu'au fond du cœur vous l'envoyiez au diable , à qui il appartient, à l'amant de ma tante Ursule. Quant à moi , c'est autre chose : nous sommes bons amis depuis long-temps, et il suffît que je dise un mot pour que mon Vieux se taise à l'instant. Ah! ah! il parlait de prison, de pendaison, et que sais-je encore? Mais à peine lui eus-je dit, je ne me rappelle plus précisément ce que c'était , Lithuanie contre Pologne ou Pologne contre Lithuanie , qu'il changea ' de ton ,'et me dit que je pouvais manger de son pain et boire de son vin; et je vous réponds que j'ai profité de
îa permission. Je mangeais et je buvais encore quand l'illustre société n'en avait plus envie , ni le maître de la maison lui-même. >
Les bourgeois écoutaient attentivement l'infatigable bavard , les uns avec un étonnement toujours croissant, les autres avec une sotte admiration. En attendant l'armurier, à qui l'intérêt que le jeune Bielawski couamençait à prendre à ces discours n'avait pas échappé , fit un signe d'intelligence au towarz,ysz , après quoi il [se retourna vers Siewrak en lui disant :
« Vous nous racontez là des choses fort surprenantes, et qui ne peuvent manquer d'être vraies , vu la manière positive dont vous les assurez ; mais, dites-moi , n'avezvous pas peur du vaivode ? Vous parlez de lui en termes fort étranges, et l'on assure qu'il a les bras très-longs. »
i— «Quelque longs qu'il les ait ils n'arjriveront pas jusqu'en Italie. »
— c Jusqu'en Italie! Vous avez donc le projet de voyager ? »
« Je vais suivre mon maître le très-savant
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docteur Monti , dit Siewrak d'un air important; il m'a précédé, et je vais me rendre où mon devoir m'appelle. Il m'a laissé en partant une bourse bien fourniepour mes frais de voyage, et l'on dit qu'en Italie le vin est aussi commun que la petite bière l'est ici. Or pour de l'argent et du vin il n'y a rien que Waclaw ne fasse. »
«Mais on dit, observa maître Grzegorz, que le docteur et son compagnon ont amplement puisé en partant dans le trésor de la reine Bonne. Il paraîtrait d'après cela que vos frais de voyage viennent de la même source. »
En disant ces mots il frappa sur la poche de l'ivrogne et fit sonner les pièces de monnaie qu'elle contenait.
0 Avec votre permission , repondit Waclaw eu le repoussant , ne vous approchez pas de si près, s'il vous plaît. Cela ne me porte pas bonheur quand une main étrangère touche à mon argent. Et quant à ce que vous dites , d'où cela me vient , je ne vous dirai pas non : qu'est-ce que cela me fait ? »
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« Vous avez raison, répondit le tailleur ; c'est votre maître seul qui doit en porter la responsabilité : cependant à votre place je ne me fierais pas à cet Italien ; il a quelque chose de faux dans l'œil, et l'on assure qu'il sait faire autre chose que de manger du pain. D'un autre côté, si ce n'est pas un fripon, il est du moins furieusement ladre; je m'en suis aperçu quand j'ai eu occasion de lui livrer de l'ouvrage. »
« Il est possible, dit Siewrak avec fierté, qu'avec vous et pour le misérable ouvrage que vous avez fait pour lui il ait jugé convenable de marchander, et qu'il ait pris en considération les coupons qui chez les gens de votre état ne laissentpas d'augmenter considérablement les profits; mais avec moi cela n'est pas le cas, car vous sentez que le génie se paie autrement qu'un simple travail manuel. Je ne dis point que ce docteur et son secrétaire , qui porte à sa ceinture un instrument si brillant et si afïilé , ne soient des gens un peu étranges. Je n'aime ni cet instrument , dont j 'ai manqué une fois de faire la connaissance de plus près , ni la
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pharmacie du savant docteur: mais il yi aurait de l'ingratitude à lui d'en faire Tes-' sai sur Waclaw Siewrak, le neveu de celle qui lui fournit des simples, de l'illustre Ursule du cimetière des juifs. Mais mainteïiant nous n'avons plus rien à craindre ; nous pouvons nous réjouir : car tout est terminé. »
En entendant ces derniers mots Walenty Bielawsky se leva, paya son écot, et sortit sans bruit de la salle , après avoir fait un signe à Grzegorz. Celui-ci continua ses questions.
« Qu'est-ce qui est terminé , M. le Bachelier ? Vous contez si agréablement que l'on n'est jamais fatigué de vous entendre.»
« Vous trouvez ? répondit l'autre d'ur air moqueur; puis il jeta autour de lui ur regard vague, et dit en balbutiant: Mais a n'est pas à moi qu'il faut demander cela. Allez questionner ma tante ; elle vous instruira bien mieux que moi : car c'est um femme d'une haute science, et d'une scienct
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iqui rapporte bien de l'argent, je vous en réponds. Je lui en ai remis une fois une boîte toute pleine , et qui pesait au moins autant que YOtre enclume, maître. Voulez- Ivous aller avec moi lui faire une visite? Il faut d'ailleurs qu'avant de partir pour l'étranger j'aille lui demander sa bénédiction let celle de son amant , que je ne veux pas inommer. Si vous avez, un florin d'or à y sacrifier, elle vous dira tout ce qui doit i^ous arriver , pourvu toutefois qu'à un bomme de votre espèce il puisse arriver quelque chose qui vaille la peine d'être dit. »
« Vous avez donc l'intention de quitter bientôt notre bonne ville de Cracovie , mon honnête ami? » demanda l'armurier en s'approchant du neveu delà marchande de simples un peu plus qu'il n'était nécessaire, et en se plaçant devant lui dans toute sa largeur.
« Pas de ces dénominations familières , ï'il vous plaît, reprit Siiwrak en se relevant avec peine sur son banc. Un autre peut être votre honnête ami ; mais ce n'est
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pas moi ; et quant à votre bonne ville , elle peut sauter en l'air ou être engloutie par un tremblement de terre une fois que j'en serai dehors , c'est-à-dire demain matin : car je n'ai plus rien à faire ici maintenant. J'ai bien bu, comme ma tante me l'a recommandé ; mais je sais par ses leçons que trop est malsain. »
L'armurier venait de jeter un regard^ sur la porte , à la suite duquel il crut pouvoir donner un peu de liberté à Siewrak. Il lui dit en s'éloignant ;
« Prenez garde en effet qu'en cette occasion trop de zèle ne vous devienne nuisible. »
— « Qu'est-ce que cela veut dire ! Je crois en vérité que vous voulez vous moquer de moi... Mais adieu , Messieurs; frappez et causez à votre aise , pendant que le bachelier ès-lettres boira le falerne à plein verre , et coulera sa vie m diilci Jubilo y ainsi qu'il convient à un homme de génie. »
A ces mots Waclaw voulut quitter d'un
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pas chancelant la. salle; mais avant qu'il arrivât à la porte , il reçut un coup assez rude sur l'épaule, et une voix qui n'était pas des plus douces lui dit :
« Tout doux , tout doux , M. l'exhuissier de la chancellerie , écrivain et valet de chambre ; il ne faut pas que vous vous mettiez si prompteraent en voyage.
Vous feriez bien de vous rafraîchir d'abord un peu. ')
Notre homme surpris leva les yeux et vit devant lui un sergent de la maréchaussée , entouré de plusieurs visages sombres et barbus : c'étaient des archers du tribunal de la starostie. Le vin qu'il avait bu n'empêcha pas Siewrak de reconnaître dans le sergent le bedeau de l'université, avec lequel, deux ans auparavant , il avait vidé plus d'une cruche dans cette même auberge le jour de la sédition des étudians. 11 le salua de la manière la plus amicale, en lui disant que sans doute il venait lui offrir de payer -une cruche pour lui , mais qu'il arrivait trop tard. Le lendemain il lui ferait raison.
« Dei^rfïiin , reprit le sergent , il se pour-
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rait que vous fussiez déjà en route pouf aller retrouver en Italie votre digne cama-| rade le docteur. Je ne suis donc pas venu trop tard aujourd'hui, mais au contraire tout juste à temps. Est-ce bien lui, M. le Towarzysz?»
« C'est lui-même, répondit Bielawski ii qui avait accompagné la garde ; et vous |l n'avez qu'à faire votre devoir. »
« Tout à l'heure, M. le gentilhomme, dit d'un ton prudent le sergent ; il est d'abord nécessaire que j'interoge Thonorable compagnie , afin de savoir sur quoi je puis fonder les species facti. Quels sont les gra-vamina que les maîtres et les bourgeois de Cracovie ont à alléguer contre ce personnage suspect .'^>
« Plus qu'il n'en faut, s'écria l'armurier Grzegorz; et les autres s'empressèrent de confirmer ce qu'il disait. Il a non-seulement tenu des discours peu respectueux sur le compte de sa défunte majesté, mais il a avoué en outre des choses dont la dixième partie sujDSrait pour le conduire à la potence. »
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— tEt VOUS êtes donc disposés, maître Grzegorz, et tous autres aussi, à soutenir ce que tous dites partout où il sera nécessaire? »
• Nous le sommes tous!... tous! » fut la réponse unanime.
— « C'est fort bien ! c'est excellent! Les témoins sont honorables et en nombre suffisant. D'après cela , ajouta le sergent en touchant l'épaule de Siewrak : De par le roi ! 1»
« C'est-à-dire? » demanda l'ivrogne, à qui la frayeur rendait peu à peu la raison.
— « C'est-à-dire, maître "VVaclaw, que le roi vous fait savoir par ma bouche qu'il désire qu'avant que vous alliez rejoindre les voleurs vos camarades en Italie, vous passiez quelque temps dans les caveaux de la starostie. »
« Eh! M. le bedeau, dit Siewrak, vous n'en userez pas ainsi envers moi, avec qui Yous avez bu autrefois à la même table. »
«Ah, pour moi, reprit le sergent, si je
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laissais aller tous les fripons avec qui je bois, les rats et les souris, vos futurs commensaux, se dévoreraient les uns les autres de faim et d'ennui. »
« Chacun son tour ! » s'écrièrent les bourgeois, en répétant les paroles que Waclaw avait prononcées plus tôt.
0 Je vous recommande particulièrement cet homme , dit Bielawski. D'après ses discours et d'après des renseignemens qu'un gentilhomme d'une haute naissance et d'un grand crédit donneront, ainsi que moi , en temps et lieu , il paraît qu'il ne manque pas de complices, lesquels il pourra être fort utile de faire connaître. »
«N'ayez pas peur, Monsieur, répondit le sergent avec cet air d'importance qui convenait à son office , nous ne manquons pas d'instrumens de torture de toutes les espèces, à l'aide desquels plus d'un muet a appris à parler , et qui savent bien faire jaser le bavard. »
A ces mots , un signe mit les poignets des archers en mouvement; et ils se mi-
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rent à traîner vers la porte le serviteur de confiance du docteur italien Leonardo Monti , un peu plus rapidement qu'il ne l'aurait voulu.
« Songez bien à ce que vous faites , s'écria celui-ci au désespoir; j'ai de bien grands seigneurs et de bien grandes dames pour protecteurs, et ils vous sauront gré. . . »
— 0 Ils parleront pour vous quand il en sera temps. Tâchez seulement que ce soit avant qu'on n'ait retiré l'échelle de dessous vos pieds. »
A ces mots, les archers et leur prisonnier s'éloignèrent, et les honnêtes bourgeois crièrent après eux :
« Puisse-t-il en arriver autant à tous les espions et à tous les vauriens ! «
Le soir même de cette journée, la mère Ursule se promenait avec quelque inquiétude en long et en large dans sa chaumière, située près du cimetière isolé des Israélites. Elle paraissait se disposer à entreprendre un voyage; car elle avait près d'elle une malle
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qui , remplie en apparence de chiffons fanés et de vieux outils rouilles , cachait apparemment, sous un extérieur si modeste, bien des objets que l'on ne se serait pas attendu à y trouver, car elle y jetait de temps à autre un regard soucieux, comme si elle avait pensé que cette affaire pouvait bien ne pas être sans danger pour elle. Après avoir, pendant quelque temps, passé d'un endroit dans un autre , faisant la revue de tout ce qu'elle possédait , elle s'arrêta ; et posant son doigt décharné contre son nez, elle dit à demi-voix :
« Maintenant ils peuvent venir et visiter; ils trouveront ce qu'ils doivent trouver, et pas davantage. La nuit tombe déjà ; ils ne peuvent pas tarder long-temps... Paix!... JN'entends-je pas marcher?... Non, ce n'était que le vent qui gémit sur la bruyère et dans les sapins qui croissent sur les tombeaux. Mais pourquoi suis-je si inquiète? Ne dirait-on pas que des êtres invisibles se glissent autour de moi , et que des visages long-temps oubliés me regardent de ces murs noircis par la fumée ? Il me semble
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que ces visages , que ces ombres me raillent et me chassent dans un lieu plus sombre encore, et cela pour long-temps... Pour Jong-temps! Que dis-je?... peut-être pour toujours... Mais la chose est faite; il est trop tard maintenant pour revenir sur ses pas... Il a parlé comme il le devait... Et comment ne l'aurait-il pas fait, l'insensé f qui s'immisça follement dans les affaires les plus importantes et les plus secrètes , tandis qu'il n'y a personne qui ne puisse délier sa langue à l'aide d'une coupe de vin... 11 a parlé pour sa perte I Qu'importe? Mais fallait-il que ce fût par mon ordre? Ursule , Ursule, tu joues un mauvais jeu!... Mais d'où vient mon inquiétude , puisque tout s'est arrangé ainsi que je l'avais combiné moi-même? ÎN'ai-je donc pas toute ma vie joué un jeu dangereux , risquant tout pour forcer le sort à me donner ce qu'il m'avait refusé, lorsqu'il me dota de la misère , de l'abandon et d'une horrible laideur? Fautil que je tremble , maintenant que je viens de mettre mon dernier enjeu, et que je -suis sur le point de gagner, avant de des-
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cendre au tombeau , ce qui a été depuis ma jeunesse le but de tous mes efforts?... Au bord du tombeau, ai-je dit? C'est un vilain mot, et qui résonne bien mal dans cette chambre. Je voudrais qu'ils fussent déjà arrivés; car dans une affaire de ce genre l'incertitude est affreuse. La solitude et la conscience sont de terribles compagnons. La conscience ! d'où vient donc qu'aujourd'hui je prononce malgré moi tant de mots dont j'ai depuis si long-temps oublié le sens?... Paix!... J'entends marcher dans le sable... Tout est de nouveau tranquille... Ce n'était sans doute qu'un renard courant après sa proie... Que le diable s'y fie , dit mon neveu Waclaw, qui aujourd'hui, au lieu de se mettre en route pour l'Italie, vient d'entreprendre le voyage de la potence, qui l'attend depuis longtemps... Et moi I qu'est-ce qui m'attend donc?... Serait-ce quelque chose de pis que la potence?... Les flammes du bûcher consumeront-elles mes os?... Que le diable s'y fie , a dit mon neveu ; et qu'ai-je répondu? Fiez-vous au diable... Oui, voilà
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ce que j'ai dit. Le diable est un fidèle allié, pourvu que l'on sache s'assurer de lui à sa manière... Mais, Madame, penseriez-vous par hasard me jouer un tour de votre façon? Prenez garde! tout a été fait ainsi que vous en êtes convenue avec votre trèshumble servante; ceux qui viendront trouveront ce que vous avez voulu. Mais d'autres objets se trouveraient encore si vous jugiea convenable de vous moquer de moi , trèsauguste maîtresse; des objets qui tacheraient terriblement votre manteau de pourpre, au point qu'il pourrait bien tomber, et vous faire voir au monde telle que vous êtes. Cette malle renferme ce qui doit satisfaire votre cœur généreux ; ee qui doit envoyer une seconde fois votre mortelle ennemie dans un exil triste et honteux. Ursule parlera ainsi que vous le lui avez ordonné; mais Ursule a une autre cachette encore. Prenez garde qu'elle ne dirige de ce côté les regards des curieux... Dans le cimetière voisin, il y a un tombeau que moi seule je sais reconnaître. Là j'ai fait au vieux rabbi Scholem un oreiller pour
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reposer sa tête décharnée; de beaux papiers, noirs sur blanc, et de superbes bijoux qui vaudraient pour vous plus qu'un royaume. Si l'usurier mort savait sur quoi il est couché , il ne rendrait rien de ce que je lui en ai donné, quelque prix que vous iui en offriiei; pas même pour tous les trésors que vous vous êtes acquis en vendant les places et les dignités de l'état... Non , reine , je ne vous crains pas. L'auguste Bonne et la bohémienne sont égales en ce moment ; et celle qui a le plus à perdre est celle qui risque le plus... Paix!... Pour cette fois ce sont eux î »
/ Des coups redoublés à la porte la convainquirent de la vérité de sa supposition. Elle commença donc son chant habituel , mais d'une voix bien plus criarde et plus enrouée que de coutume. Ces paroles mystérieuses furent interrompues par les mots suivans prononcés d'un ton d'autorité :
« Ouvrez de par le roi ! »
Cojiime elle balançait, la porte vermou-
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lue de sa chaumière fut enfoncée , et la petite chambre se remplit d'archers et de soldats. Le staroste de Samhorz etWalenty Bielaswki entrèrent avec eux.
■ Quedésirez-Yous, Messieurs? demanda la vieille en feignant beaucoup d'effroi ; que venez-vous chercher si tard chez une pauvre femme qui ne subsiste que par les aumônes des âmes charitables ? »
« Les aumônes ne sont pas légères , répondit le procureur du tribunal de la starostie', avec lesquelles on peut remplir de pareilles malles, et la justice se croit le droit de s'informer du genre de ces aumônes , ainsi que du nom de ces âmes charitables et des motifs d'une générosité si peu ordinaire. »
« Hélas ! Monsieur, dit Ursule en pleurant , vous voyez ici tout ce que possède ma misère : ce ne sont que des chiffons que je viens de rassembler dans cette malle, parce que j'avais l'intention d'aller passer mes derniers jours dans un climat plus chaud ,
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et qui convînt mieux à mes membrea
vieillis. »
— « La Pologne est donc trop froide poux vous , bonne femme ? Mais n'ayez pas peux ; elle pourrait bien devenir sous peu trop chaude. » i
La vieille ayant pour lors rccommencéf ses plaintes et ses larmes , Hippolyte Boratynski ordonna au chef de l'escouade de la conduire dansles prisons de lastarostie, et invita le procureur à rester avec lui et quelques témoins dans la maison, pour en faire la TÏsite. La yieille ayant reconnu sa voix ^ fit entendre un rire de mépris infernal , et dit :
« Cherchez , cherchez toujours , morL gentilhomme ; visitez à loisir la propriété d'une femm« sans défense. Bien des personnes en cherchant rencontrent cequ 'elles n< voudraient pas trouver. Cherchea, Monsieur au fond de cette malle 5 vou^ trouverez peut-être le bâton de pèlerin qiïô je vous ai promis. La vieille Ursule ne ment
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jamais. Rappelez-yous votre jeune cousin à qui j'avais annoncé son sort. »
Hippolyte lui dit de se taire. Les archers l'entraînèrent; mais ses cris d€ fureur se firent entendre eneore long-temps sur la bruyère. On se mit ensuite à faire l'examen. Une foule de vieux chiffons et d'objets sans valeur furent d'abord retirés et scrupuleusement enregistrés; mais au fond on trouva des choses d'un plus grand prix : c'étaient ou des vases d'argent , ou de petites bourses avec de la monnaie , et enfin, Hippolyte mit la main sur un objet dur , renfermé avec soin dans une enveloppe de soie. II le prit, l'approcha de la lampe , et après avoir défait l'enveloppe , il le. contempla avec surprise. 11 réfléchit pendant quelque temps ; car ce qu'il tenait lui était co nnu, sans qu'il pût se rappeler où il l'avait vu. Au bout de quelques momens, la mémoire parut lui revenir; il tressaillit, ses joues se décolorèrent , et sa main trembl a visiblement.
Le procureur prenant l'objet , dit :
-«IN" 127. Avec votre permission , M. le
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Staroste. N" 127. Une éméraude de grand prix , montée en diamans , et paraissant ^voir été détachée avec force d'une parure plus considérable , et qui ne s'est pas trouvée. »