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plus beaux jours de bonheur et de liberté! .
c'est impossible!.. Allons donc, vous n*y songez pas! disaient au secrétaire 4e charmantes danseuses.
— Pardonnez-moi, j'y songe de plus en plus, répondait Gaslille.
Toutes les représentations échouèrent devant la fermeté de son parti pris.
— Eh I bon Dieu, qu'il s'en aille! donnez-lui un congé ! cria la comtesse Jaubert sur un ton d'humeur. Puisqu'il n'écoute rien, laissez^e se mettre la corde au cou!
Madame Jaubert, très-jolie femme de ce temps-là, ne flattait point son sexe en appdant une corde ces deux petits bras potelés, blancs et roses, par lesquels un époux de retient et s'enchaîne.
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Gastille se maria doue à vingt ans.
De retour à Paris avec sa jeune femme, il trouva le comte Jaubert remplacé par M. Teste. Ce chaugement de patron ne lui enleva point sa place. Il fut maintenu par le député de Bourges au cabinet du nouveau ministre.
Hippolytc reprit ses fonctions avec répugnance.
[ja seule crainte d affliger sa mère l*empécliait de se démettre d*un emploi qui lu enlevait ses heures de travail les plus précieuses.
Cherchant le moyen de s'en aller au plus vite et de rendre, aux yeux de sa fa mille, son départ plausible, il n*en trouva pas d'autre que d*inscrer dans un petit journal d'alors un article révélateur, où i
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tlénonçaît courageusement quelques-unes (le ces odieuses manœuvres de coiTuption ministérielle qui ont épouvanté les derniers temps du règne de Louis-Khilippe, et qui, plus tard, chacun le sait, devin* rent justiciables des tribunaux.
On devine qu^après un tel coup d'audace il ne retourna plus au ministère.
A partir de cette époque, nous le voyons se consacrer exclusivement aux lettres.
11 publie dans le Commerce son Jtfargrave des Claires et une multitude d'autres nouvelles dont les principales ont |M)ur litre: Marie dolente, — Haute-Fontaine, —le Smuggle)' d'Ambleteiise, —la Chasse aux Chimères, — les Fils de Mercure, etc.
Quelques autres journaux lui ouvrent leurs colonnes, et bientôt il compte parmi
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les plus féconds rédacteurs du Courrier françaisy du Mtisée des Familles et de VArtiste.
Arsène Iloussaye, directeur de ce dernier recueil ^ ayant eu quelques détails biographiques sur notre iiéros, juge convenable d'inscrire au bas d'un premier article le titre de noblesse du nouveau venu.
Dans un journal qui a des allures aristocratiques, il trouve que cette signature : Le chevalier CAsiaLE, sera d'un cflet merveilleux.
Prévenu à temps, Fauteur se hâte d'accourir et biffe sa chevalerie sur T épreuve.
— Mon cher, dit-il à Houssaye, on doit outrer dans la littérature, tout simplement frotté d'huile, comme les lutteurs dans l'arène , et laisser broderies et dignités au vestiaire.
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Travaillanl nuit et jour, Castille ne sortait que pour porter sa copie à Timprèssion. La réussite commençait à le payer de son courage, quand tout à coup un grand malheur jeta la désolation dans son existence. Une fièvre typhoïde enleva sa femme et le laissa veuf à Fage de vingt-deux ans^
Le travail lui devint insupportable.
Sa santé s'altéra, et tes médecins lui conseillèrent à tout prix les distractions.
Maître d'un léger patrimoine, il se prit à le dissiper avec une mélancolie profonde, et mena la vie élégante, uniquement pour obéir à la Faculté de médecine.
On le rencontrait à Tortoui, sur le bou-
* Hippolyle Castille s'est remarié depuis avec la Oile d'an ancien ofUcier de i* Empire.
levard de Gaiid, aux ItaHeiis, dans les avenues du bois de Boulogne ou le long des plages de TrouviUc.
On petit groom très-coquet, galonné sur toutes les coutures, le suivait au dehors, et n'oubliait pas de lui demander régulièrement chaque matin :
— Monsieur, quand aurons-nous des chevaux ?
Le maître faisait la sourde oreille et ne répondait jamais à cette question insidieuse.
L'indiscrétion de ces détails blessera peut-être l'auteur de Y Histoire de la seconde Répitbliqtie française.
Nous en sommes désolé; mais (j^u'y faire?
Admettre le talent de Thomme, ce n'est pas nous engager le moins du monde à
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respecter les doctrines démocraiiques dont il se proclame aujourd'hui Tapôtre. Nous soupçonnons fortement raristocratc d'hier d'avoir glissé jusqu'au républicanisme sur la pente de Tambition. Qu'il l'ait fait avec naïveté, sans se rendre bien compte de la mélamorphose, c'est un malheur pom* lui.
La politique est comme Tenfer, elle est pavée de bonnes intentions.
Hippolyle Castillc, en 1845, fut choisi par H. Lesseps pour diriger le feuilleton de VEsfnit public.
Ses relations avec les premiers écrivains du jour ne lui donnèrent pas une haute idée de la dignité de ces messieurs. On put l'entendre s'écrier avec une certaine amertume :
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— Je me trouverais bien à plaindir'c, si je m*éveillais à quarante ans avec la gloire d'un Dumas ^ ou d'an Eugène Sue!
Ce n'était chez Gaslille ni forfanterie ni dédain, c'était pur dégoût du mercantilisme.
Ses aspirations commençaient à se tourner ailleurs.
Il questionnait les personnes de sa corf*
* Oans an procès que le cber de la grande fabrique eut alors, il s'avisa, par un élan de vantardise, de lâcher au tribunal la phrase suivante : « Un jeune homme de relations charmantes, M. Hippolyte Castille, m'a offert trois franc* la ligne à ïEsprit public» Kotre rédacteur en chef du feuilletoa démentit le propos. Déjà les administrateurs lui reprochaient de payer trop généreusement ses confrères. Castille avait proposé le prix du Siède, c'est-à-dire vingt sous la ligne, et Dumas, ne payant MM. Hippolyte Anger, Maquct, Meuricc et autres qu'à raison de dis centimes, il avait encore dix-huit 90us de hèaéflce net.
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naissance^ nolammeut Audré deGoy^ très au courant des cliosos d*Ângleterre, sur lord Normauby, sur M. Disraeli et quel* ques autres politiques de premiei* ordre»
qui, pour avoir écrit des romans daus leur jeunesse, n'en étaient pas moins devenus des hommes d*Étatéminents.
Notre héros avait oûonu au Coturier français un économistedistiugué,M. Gustave de Holinari.
Ce dernier iemit en relations avec Frédéric Bastiat, Coquelin, Joseph Garnier, le jeune Fonteyreaud, et une quantité d'autres personnages occupés à discuter avec chaleur les iiautes questions économiques et sociales qui allaient bouleverser le pays de fond on comble.
' Son dillaboraleor a VE^it fnhtie.
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De petites assemblées parlementaires avant la lettre se tenaient chez Castille, rue Saint-Lazare, dans l'ancieu hôtel du cardinal Fesch.
Nos lecteurs comprendront pourquoi M. de Molinari fit paraître, en 1847, chez le libraire Guilldumiu, un livre d'économie politique sous ce titre, alors inexpliqué, de !Soirée& de la rue Saint-Lazare,
Hippolyle Castille venait, à la même époque, d'adiever les Oiseaux de Proie *.
* Au mois de juiltel dernier, 11 intenta un procès k M. Dennery, qai lai avait pris son titre, ilattre Paillct moorut en plaidant pour Tauteur dramatique comre rbomme de lettres. Le grand avocat ne pouvait perdre sa dernière cau.c, et Castiiic fut débouté de ses prétentions. M. Dennery, revenant sur Tarrét du tribunal, comprit ((«Ml devait on dédommagenent k sa partie adverse. Il proposa à l'auteur des Oiseaux de proie d'emprunter à ses cavrag<'S un autre siyet de pièce, et signa un traité. De pareils faits i?ont Taras chez messieurs du tbéStre. ^
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Mafgi'c le retentissement de cette œuvre, où éclatent de- grandes qualités de style au milieu de quelques défauts de jeunesse, il s'éloigna de plus en plus chaque jour de la littérature frivole, et ne tarda pas à fonder, avec Molinari et Bastiat, le Travail intellectuel, feuille périodique destinée à prêcher rémancipation des classes qui vivent des produits de la pensée.
Ce journal fut encouragé vivement par Hoi^ce Say, Dunoyers de l'Institut, Michel Chevalier et tous les grands économistes.
La Révolution vint surprendre le jeune homme et ses hborieux collaborateurs.
Aussitôt ils fondèrent, sous ce titre, la République françaisej une feuille quoti*
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ilieune qui se fit remarquer, en co$ temps de trouble, par le calme et Télcvation des idées.
Castilie abandonnait entièrement pour la politique sa carri^e d*homme de lettres.
11 jeta dans celte seconde affaire de presse le reste de sa petite fortune, mais sans obtenir de résultat. La République françaûe cessa de paraître devant les exigences du cautionnement.
Le groupe économiste dut se diviser.
Frédéric Bastiat prit place à rAssembléc constituante, où l'appelaient sc^u noble enractère et ses talents. Molinâri voua sa plume au service du parti de Tordre S et
* Il devint un des princiiNiax rédacteurs do h Pairie.
Gaslille, crovaiit obéir à des instincts de réformateur, jeta sa vie en |)âture à Togre populaire.
Son ambition, comme nous l'avons déjà dit, le trompait lui-même ; elle se glissait dans son âme sous le manteau du dévouement et du sacrifice.
Il brava les périls de ce qu*on nomme la politique active, et se lança, comme un hardi plongeur, au fond des noirs abîmes.
Nous le retrouvons, en 1848, à la tcle d'un des plus populeux arrondissements de Paris % présidant les réunions électo< raies, faisant partie des Conclaves, collaborant tour à tour à la Révolution démocratique et sociale du sieur Ddescluze et
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à la Tribufie des peuples diriffée par le célèbre Hickievicz.
Sur ce théâtre, si p^u eii rapport avec les habitudes de son passé, Télégant jeune homme de la Chaussée-^d'Âulin conquit à rinstant même la confiance du peuple.
Il se fit adorer des ouvriers, devint pour eux une sorte d'avocat consultant, soigna leurs intérêts, apaisa leurs chicanes» et remplit, comme il Tavoua lui-même plus tard ^ une mission qui eût exigé an préalable vingt mille livres de rente.
Gastille avait voulu voir et connaître; il vit et il connut, mais en apprenant ce qu'il en coûte.
Du reste, on peut affirmer que, dans cette périlleuse étude, il ne perdit rien de
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lui-même, il supporta la mi!i>èi'e et la démagogie avec le plus inaltérable dandysme.
A cette époque il avait transporté ses pénates au boulevard du Temple, consacrant ses dernières ressources au triomphe de la cause démocratique et travaillant gratis au journal la Révolution.
Cette vie était accompagnée de grandes soufErances et de singulières amertumes.
La démocratie a cela de désolant pour les gens de cœur, que la diffamation s'y érige en système et que les républicains se jettent de la boue entre eux avec une infatigable persistance.
(( Quand on veut remonter à la source de la calomnie, on ne trouve personne à mettre au bout d'une épée, dit M. Castille, et rhomieur d*un galant homme devient
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le jouet d'une foule de lâches, d'impuissants et de jaloux ^ »
De tels aveux sont bons à eiuregistrer.
« Il me semblait, dit-il encore, que le spectre de mon père se penchait derrière moi, couvert de ses armes étincelantes et de ses vêtements brodés d'or, et qu'il me disait ironiquement :
a Belles mœurs, dans ce monde-là! »
• Quelle déception nouvelle éprouva le jeune homme? A quel danger dut-il se soustraire? Quels engagements prit-il avec les républicains que ceux- ci ne crurent pas devoir remplir? Nous trouverons peut-être le mot de Ténigme dans certains passages de Lucien Bruno.
* Scènes de la vie réelle^ page 279. Nous parleronë plus loin de cet ouvrage.
Toujours est-il que notre dandy démocrate disparut brusquement des assemblées populaires.
Il quitta Paris et se réfugia au petit hameau Saint-James, près de la porte de Madrid, derrière le bois de Boulogne.
Les ouvriers du sixième et du huitième arrondissement vinrent, à deux reprises différentes et par petits groupes, le visiter dans sa sdilude. L ermite de Saint-James les reçut Foeil humide, et leur fit comprendre que toutes relations étaient rompues entre lui et les compagnonnages des fauboiu*gs.
Castiile se mourait de ce qu'il avait vu.
Pendant six mois il fut dans Tétai d*un homme qui s*éteint.
Ih'obabiemait il reconnut, (lourrheure.
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l'impossibilité des révolutions honnêtes. Il ne poussa pas Tajubition, comme tant d'autres, jusqu'à vouloir la satisfaire à tout prix, fût-ce au milieu des ruines.
Déplorant Tignorance et le peu de maturité du peuple, il conserve néanmoins pour lui des tendresses extrêmes, et presque toujours il lui arrive de dore les discussions politiques par ces mots :
« Messieurs, je sub du parti des pau vres. i>
Après deux ans de retraite, Uippditt!
Castille regagna Paris; Il y revint transfiguré, ayant accompli son évolution laborieuse de la littérature à la politique.
La Revue de Paris publia du jeune au teur quelques articles remarquables sur la propriété intellectueUe^ sorte de point de
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suture qui lui servit à renouer 1 847 à 1852. Puis tout à coup la presse entière s'émut à l'apparition d*un pamphlet incisif et mordant qui a pour titre : Les Hommes et les Mœurs en France sous le règne de Louis-Philippe.
Comme nous, Hippoljte Caslille ose écrire Thisloire vivante; il a, comme nous, le courage de la vérité ; comme nous, encore, il soulève d'irréconciliables haines.
Qu'importe? Une œuvre énergique cl sincère fait toujours son chemin.
Ce livre des Hommes et des Mœurs est écrit avec une verve franchement gauloise, avec un style cavalier qui galope sans gène en admmistrant des ruades. Que de vieux loups politiques en ont reçu d'uqe page à Tautre, et s'en sont allés la mâchmre saignante !
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Uippolyle Castille frappe droit au défaut de la cuirasse.
Il a le coup d*œil sûr et la main ferme.
Son trait de satire eât plus qu'uu aiguillon, c'est une épée. D*un seul mot, d'une seule phrase, il peint un caractère.
« Cet homme est une apparence, » a« t-il dit en parlant de Guizot.
« M. Thiers de Santillane, Panurge politique, )) ne se trouve pas ressemblant sur les pages qui lui sont consacrées dans les Hommes et les Momrs; mais le public est d un avis contraire.
i Le petit Bémusat, dit Castille, me fait reflet d'une dévote égrillarde ou d'une femme galante transformée en dame de charité. »
Notre auteur a cela de bon qu'il ne mé-