‹ Hippolyte de la Morvonnais: Œuvres ChoisiesChapitre 12 sur 57 · A MARIE · texte numérisé non relu

A MARIE

« Viens, viens, Ô ma douce malade, « La mer entre dans l’Arguenon (2) « Et le pêcheur las, escalade « Le rocher hanté du héron.

« La fraicheur descend sur la terre :

« Rendons-nous à notre taillis (3).

« Qu'il est doux le soir solitaire,

« Parmi nos noisetiers chéris.

« Le soleil de pourpre colore

« Les murs croulants du vieux château (4), « L’angélus pieux et sonore

« Tinte au-delà de ce coteau.

« Des pêcheurs la blanche flottille, « Joyeuse, rentre au châtelet;

« La mer du plus pur azur brille; « Oh! que ce spectacle me plaît !

« La mauve (5) vole sur la vague,

« L’hirondelle sous les beaux cieux; « De partout s’élève un bruit vague « De cris, de chants mystérieux.

(1) Gette pièce n’est pas datée, mais par la place qu’elle occupe dans le recueil des Solitudes, elle a dû être écrite du 20 au 25 juillet 1830.

(2) Petit fleuve qui coule au pied de la propriété du Val; se jette dans la Manche.

(3) Le « petit bois » du Val qui descendait et descend encore en éventail jusqu’à la rivière. ;

(4) Le vieux château du Guildo, situé presque en face du Val. C’est de là que « le comte de Montfort partit pour aller faire sa désastreuse alliance avec l’Angleterre », et là que «fut saisi, par les ordres de son frère, le malheureux Gilles de Bretagne que lon jeta dans une basse fosse du château de la Hardouinaie ». (MorRvonNAIS,, Thébaïde des Grèves, note p. 55.)

(5) De l’ancien anglais mawe, anglais moderne mew; — nom vulgaire de la mouette sur les côtes occidentales de France.

pe

« Cette hirondelle fugitive

« Bientôt quittera nos climats; « Le héron s’abat surla rive :

« Qui nous l’amène? Les frimas !

« Août s'enfuit; septembre commence « Son règne de touchant adieu;

« Avec les beaux jours l'espérance

« Me fuit : soumettons-nous à Dieu.

« Il faut souffrir, l'hiver encore :

« C’est mon destin; mais, au printemps, « L'espoir renaîtra, belle aurore; « Ils finiront, mes maux constants (1). »

Alors la douce créature

Sourit; mais je vis dans ses yeux

Qui feignaient l’espérance pure

Briller des pleurs mystérieux.

Elle murmurait sa prière

Au ciel; je pus saisir ces mots :

« Pour son bonheur, mon Dieu, mon père, «€ Daigne me ravir à mes maux. »

(Solitudes, XXVIIT. Znédit.)

(1) Allusion à la santé de Mme de-La Morvonnais, plus frêle l'hiver, plus vigou-

reuse l'été.

Le AD

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