VIII. — A L’ALOUETTE
Alouette de la lande,
Avec ton hymne charmant,
Mes rêves se vont, par bande,
Perdre sous le firmament.
Ils suivent ta voix qui jette
Ses fredons vers le haut lieu :
Alouette, monte, alouette, Alouette, monte vers Dieu.
Seul, dans les grandes bruyères (2), Quand je t’écoutais, enfant, Un saint désir de prières Genflait mon cœur triomphant.
(1) Très pittoresque. | (2} Les landes du Bas-Champ, en Pleudih2n, où La Morvonnais passail ses
vacances.
H. DEïÏA MORVONNAIS, 5
Déjà l’âme du poète
Disait à la terre: adieu.
Alouette, monte, àlouette, Alouette, monte vers Dieu.
Au sommet de la colline,
Avec le petit pâtour,
Sous l’étoile qui décline,
Tu chantes au point du jour;
Son chant, que rien n’inquiète,
Suit le tien sous le ciel bleu.
Alouette, monte, alouette, Alouette, monte vers Dieu.
Tu réjouis la vachère
Qu'on voit filer et prier
Près de la hutte de terre;
Mais crains le dur épervier;
Sur le vieil orme il te guette,
Sombre et droit comme un épieu.
Alouette, monte, alouette, Alouette, monte vers Dieu.
Aux abords nus et stériles Du moulin, si pauvre à voir, Tu trouves de frais asiles Dans le seigle et le blé noir.
Tout lieu qui t’offre retraite, A mon goût, est un beau lieu.
Alouette, monte, alouette, Alouette, monte vers Dieu.
Lisant son vieux bréviaire,
Plus dévot en t’écoutant,
Le curé, dans sa prière,
Suit ton hymne au ciel montant.