‹ Hippolyte de la Morvonnais: Œuvres ChoisiesChapitre 20 sur 57 · XI. — SonNET · texte numérisé non relu

XI. — SonNET

L'on m'a, petites sœurs (3), fait beaucoup de chagrin; Je ne dirai point qui, car c’était barbarie Que de vouloir ainsi me faire herbe flétrie

Et sécher, oh! l'horreur, mon espoir dans son grain.

L'on m'a dit que labeur de fraiche poésie Pour les hommes était travail infructueux; Que son divin dictame et ses chants onctueux N'’étaient que jeux et fleurs de pure fantaisie.

Et tout cela fut dit avec ce regard fin Qui dans de doux transports, poètes, nous immerge, Avec visage d’ange et lèvres de carmin.

Si bien que je croyais voir, éteignant tout cierge, Une sainte nier le pouvoir de la vierge Et, coupable, briser son luth de séraphin.

Le Val, le... décembre 1833 (4).

(Inédit, communiqué par Mme Vatar.)

(4) A l’entrée du bourg du Guildo, en venant de Saint-Malo.

(2) « Le Crépuscule, écrit M. Tiercelin, est une grande toile très impressionnante, dont la solitude et le silence semblent agrandis encore par le lent passage de quelques paysans et le son lointain des cloches. »(Des Elégies à la Thébaïde des Grèves, Hermine, 20 décembre 1908, p. 117.)

(3) Adèle et Céleste de La Villéon, dont la première devint Me Vatar et la seconde Mme Petit.

(4) Ce sonnet, d’une belle énergie, a évidemment pour origine une discussion survenue entre Hippolyte et Mme de La Morvonnais; celle-ci, — à l’instigation des de La Villéon, — essayant de montrer à son mari la vanité de ses travaux poétiques, celui-là protestant qu’en dépit de tout il ne renoncerait jamais aux lettres. N’avait-il

NI SSONNET

Souvent l’esprit du mal sombrement me travaille: Mon esprit orgueilleux n’a qu’aigres jugements; Je prends feu comme au vent un brin d’aride paille, Et je verse sur tout mes mécontentements.

Dans mon esprit fermente un noir levain d’envie: 11 le faut avouer, oui, je suis envieux :

Je rugis en voyant la paix du cœur pieux,

Ma femme : et ma parole est poison pour ta vie.

Tu m’apportes le miel, et mon mot est mordant; Je déchire ta chair sous l’acier de ma dent; Et je m'en vais tout fier de mon acte barbare.

Et puis je réfléchis à ta sainte douceur; Et je reviens pleurer sur tes mains, car ton cœur

Si patient, jamais de pardon n’est avare (1).

1834 (?) (Transcrit sur l'album que nous a confié Mme Vatar.)

pas par le livre à remplir une mission d’apôtre? Ne lui était-il pas loisible d’aspirer à la gloire? Comment Marie pouvait-elle partager les idées étroites de ses parents? Comment pouvait-elle à ce point ignorer son mari?

(1) Commentant ce sonnet dans la Revue hebdomadaire (29 octobre 1910, Un ami d'enfance de La Mennais), M. A. Le Braz dit excellemment : « Le bon génie de cet idyllique foyer (le foyer des La Morvonnais) c'était Mmede La Morvonnais. A la voir entre son mari et son enfant, il semblait que l’on eût devant les yeux l’image du parfait bonheur familial. Peut-être dans le train ordinaire des jours, fut-elle moins heureuse que résignée. Hippolyte de La Morvonnais n’appartenait pas impunément à la race irritable des poètes. Idéaliste ombrageux, romantique d'humeur et de vocation, prompt au découragement comme à l'enthousiasme, hanté d’un rêve de gloire qu’il désespérait d'atteindre, et s’indignant ou s’offensant à la seule idée que lon pût mettre en doute son talent, il avait de fréquentes bizarreries de caractère dont il souffrait tout le premier, mais qui étaient aussi pour faire souffrir les autres, en particulier sa jeune femme, que, d’ailleurs, il adorait. 11 ne lui épargnait pas toujours les paroles amères, ni les sombres silences encore plus blessants... C’est dire que Mme de La Morvonnais eut plus d’une fois à pardonner. Elle le faisait avec une abnégation céleste... »

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