XXII. — Réponse pu MANoIR DES GRÈVES
Maître, c’est le printemps sur la côte fleurie : Les plongeons marquetés ont quitté notre mer; La feuille aux marronniers chers à la causerie Naît, et la violette aux murs de l’enclos vert :
Et la vague est joyeuse : et la fontaine douce Chante à la pâquerette assise au bord des eaux, Fraîche et blonde à l’ourlet de la rive de mousse, Un air qu'avec amour répètent les oiseaux.
Le colombier s’égaie, et ses hôtes parvolent
Plein de transports charmants sous la beauté des cieux; Mais, privés de tes chants, mes vieux toits se désolent;: Et des larmes toujours sont au bord de mes yeux.
Pourquoi ne viens-tu pas? Voilà que l’hirondelle Est de retour et pend son nid à mes vitraux : Pourquoi ne viens-tu pas? serais-tu moins fidèle
Que par les temps passés à chanter mes coteaux.
Je veux revoir l'enfant jouer sur la verdure
Et cueillir au perron mes roses avant mai.
Et la mère ! Ô veuvage ! à souffrance trop dure! Ce seul mot a flétri mon paysage aimé.
Car je dis à la brise, à la jeune hirondelle,
A la source, à la vague, au taillis du manoir,
A tout : «Où donc a fui la forme blanche et belle? € Et ne devons-nous plus, à l’avenir, la voir?
jours avant de quitter la demeure hospitalière des de La Villéon pour rentrer au Val, qu’il n'avait pas revu depuis la mort de Marie,
Et le pigeon s’abat, se loge au toit de pierre Du colombier antique; et la mer aux galets Des grèves se lamente, et la vive lumière
S’amortit et n’a plus que de mornes reflets.
Et tout oiseau se tait sous le feuillage frêle:; Et la cloche, qui dit au pêcheur soucieux La mort du métayer, larmoie: et l’hirondelle
Se gite tristement comme aux mois pluvieux.
Et moi, qui vois cela, je m'isole en moi-même;
Et je n’écoute plus que les soupirs du vent
Pleurant sous mes grands toits : et j’ai bonheur suprême À pleurer avec lui la mère de l’enfant.
Et puis, dans mes vieux os je plonge plus encore, Et j'écoute et j'entends un accent inconnu,
Voix du monde de l'âme; et c’est comme une aurore Qui réjouit le front du vieillard ingénu.
Et je tombe bientôt en une rêverie
Qui me vient, je le crois, d’au-delà des tombeaux; Et le doux frôlement de la feuille flétrie
Dans le fil que perdit l’araignée aux vitraux,
Et tout bruit qui se fait dans les lambris de chêne De ta chambre d’étude, et tout bruit du dehors, Que ce soit brise ou vague, éloignée ou prochaine, Tout cela m’initie au goût caché des morts.
: Quand le soleil se couche et dore lample lierre
:Des pans tout éboulés du château décrépit, Et que, dans son sillon, l’église chevalière Réveille, pour prier, son battant assoupi,
J'écoute : et le rayon effleure mes murailles Et dans mes corridors glisse mystérieux;
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Et le bonheur pénètre au cœur de mes entrailles; Mais des pleurs toutefois viennent mouiller mes yeux.
Car, maître, je me dis : « C’est l’esprit de ma dame « Qui, dans la cloche sainte et le rayon du soir,
« Me parle, harmonieux. Je la sens en mon âme; « Mais mon œil de granit ne la doit plus revoir. »
Puis une autre douleur, en mon désert sauvage, Me vient encor saisir, car Je songe à ton deuil,
Et livre au vent des mers mes soupirs de veuvage; Et le vent, dans la nuit, les murmure à mon seuil.
Et la lune s’arrête; et, pensive, elle écoute
La voix triste; et vers l’aube un chant délicieux Passe. Serait-ce un ange égaré dans sa route? Ou Poiseau pèlerin des nuages des cieux? (1).
(Thébaide des Grèves, p. 299.)