LORS
Au désert des côtes lointaines (1); Pourquoi donc suis-je soucieux ?
On n'entend pas un capillaire Frémir au sommet du vieux mur; Le vent se tait : où donc me plaire?
Où retrouver mon calme pur?
La nature m'invite et m'aime (2),
Je suis bien peu reconnaissant.
O mon Dieu, c'est que j’ai moi-même Troublé la paix du jour présent.
Car je n’ai point fait ma prière, Or c’est dimanche, et le saint-lieu Réunit la paroisse entière.
Et moi seul je reniai Dieu (3).
Et pourtant j'eus de grandes peines Je vis clore bien des cercveils (4), Et lom des divines fontaines
Je sens tout le poids de mes deuils.
L’oraison seule me soulage :
Il faudrait au temple m’asseoir.
Et sans moi, je laisse, au village Mourir la prière du soir,
Les petits enfants, sur la rive, Ont peur de mon front sérieux.
Et mon attitude pensive
Est un spectacle curieux.
(1) Première leçon :
S’étend sur les côtes lointaines.
(2) Cf. Lamartine :
Mais la nature est là, qui t’invite et qui t’aime. (3) Troublé par la mort de Marie La Morvonnais subit une crise de foi. Ceux qui connaissent la mobilité de son caractère n’en seront pas étonnés. (4) Celui de son père, mort le 20 mai 1815; de sa mère, morte le 16 juillet 1825, etc,
AIG
J'entends les simples ménagères Se dire, au bas de ce coteau Sauvage et jonché de fougères |
« Qu’a donc le maître du château?
« Est-ce tristesse de veuvage?
« Aurait-il vu l'esprit des morts?
« La nuit, il hante les rivages
« Et les plus sinistres abords. »
Elles auraient grande surprise, Si je leur disais mes douleurs.
Et qu’au crépuscule, la brise M’apporte allégeance de pleurs,
Qu'un toit de village qui fume Me transporte et me fait crier Et que le mal qui me consume
Me vient de ne pouvoir prier.
(Inédit. Communiqué par M. de la Blanchardière.)