‹ Hippolyte FlandrinChapitre 2 sur 5 · PRINCIPAUX SUJETS · texte numérisé non relu

PRINCIPAUX SUJETS

Première arcade , à gauche en entrant.

ï. Annonciation, incarnation de Jésus-Christ dans le sein de la très-sainte Vierge.

II. Moïse, prosterné devant le buisson ardent, que la flamme n'embrase pas (ligure prophétique de la maternité virginale en Marie).

Texte (au-dessus du vitrail) : «Domine, mitte quem missurus es. — Envoyez , Seigneur, celui que nous attendons. » Exode, îv, 13.

Ce premier tableau , que tant d'artistes ont essayé, a été rendu par Flandrin avec un charme merveilleux. La Vierge, à laquelle on reproche un peu de raideur, n'en est pas moins trèsbelle. Tout occupé de son sujet, l'auteur n'a pas craint de la substituer à une première figure, qui, peut-être, aurait mieux satisfait les yeux, mais qui certainement aurait moins captivé le cœur et l'esprit. L'ange qui vient rendre compte à Marie de sa divine mission ne saurait avoir plus de noblesse.

Le Buisson ardent est une œuvre magistrale. Les yeux et l'esprit, fixés sur ce chef-d'œuvre, sont également satisfaits. Le Moïse est superbe. Flandrin se décida à retrancher du milieu du buisson ardent une figure fort belle et très-imposante qu'il avait d'abord exécutée ; la raison quïl en donna fut que, conformément à l'Écriture, Moïse ne voyait pas Dieu , que la flamme seule était visible à Moïse. Telle qu'elle est, cette composition est empreinte d'une grandeur de conception et d'arrangement qui empêche de regretter le sacrifice fait par l'artiste à la tradition religieuse.

Deuxième arcade de gauche.

[Iï. Naissance de i/Enfant Jésus a Bethléem.

IV. Adam etÈve réprimandés par Dieu. (Le Sauveur promis avec la, réparation de la désobéissance d'Eve.)

Texte: « Per honiinem mors, per hominem resurrectio. — l a homme nous a valu la mort, un homme nous rendj la vie. » ÎI Cor., xv, 21.

Cette œuvre de la Nativité nous reporte naturellement aux peintures de cette école florentine, dont une foi si vive anima le génie. La sainte Vierge, un peu inspirée des vieux manuscrits byzantins, est étendue sur un lit improvisé ; les mains jointes, contemplant avec amour ce fils en qui convergent les destinées du monde. Le saint Joseph est assis à droite du tableau, il est de profil, les bras croisés, la tête légèrement penchée sur sa poitrine ; il médite. Du coté opposé, aux pieds de la Vierge, sont trois anges d'un caractère ineffable . Dans l'embrasure de la fenêtre, en haut, un séraphin déroule la banderole où sont écrits ces mots : Gloria la excelsis Deo.

Quelle page plus heureuse que celle à! Adam et Eve dans le paradis terrestre P lis ont désobéi à Dieu, ils ont mangé du fruit de l'arbre de la science du bien et du mal ; leurs yeux se sont ouverts ; ils ont reconnu leur nudité, et. pour la couvrir.

ils ont fait une ceinture de feuilles de figuier. Dieu appelle Adam, qui n'ose répondre à cette voixsouveraine ; nos premiers parents sentent alors pour la première fois monter la honte à leurs fronts, tout à l'heure encore brillants d'innocence. Ici. le peintre n'a pu éviter l'indéfinissable Éternel : mais il l'a incarné en une imposante figure, qu'accompagnent d'amples et majestueuses draperies. Le paysage est splendide et convient parfaitement au sujet.

Troisième arcade de gauche.

Y. Adoration de Notre-Seigxeur par les Mages, yi. balaam prophétise qu'un astre s'élèvera du milieu d'Israël.

Texte : « Habitantibus in regione umbrae... lux orta est. — La lumière s'est levée sur ceux qui habitaient dans les ténèbres. » Isaïë, ix , 2.

Au premier plan , sur la gauche du tableau, est la sainte Vierge, assise, montrant l'Enfant divin aux trois Mages, qui occupent le milieu de la peinture. Deux d'entre eux sont prosternés.. Saint Joseph est debout derrière Marie. Toute la suite reste sur le seuil, immobile et respectueuse, et compose un ensemble extrêmement harmonieux et simple.

Tout près, et comme un complément de l'adoration, on aperçoit Balaam amené par Balac, roi des Moabites, au sommet du Ptiogor, pour maudire le

camp d'Israël, dont les tentes innombrables couvrent la plaine. Un bélier est étendu sur la pierre du sacrifice, un autre va être immolé. Mais Balaam ne peut maudire, car iL voit soudain paraître à l'horizon, entourée d'une triple auréole, l'étoile mystique, signe du Dieu vivant. L'esprit prophétique s'est emparé de lui, il annonce quarte étoile sortira de Jacob, un rejeton s'élèvera d'Israël, et il frappera les chefs de Moab, et ruinera tous les enfants de Seth({). Le prophète est vu de profil^ la main gauche serrée et crispée sur l'autel du sacrifice, la main droite levée vers l'étoile. Le souffle de Jéhovah l'agite et semble tout agiter autour de lui. Balac est derrière le prophète, la lèvre frémissante, le poing serré sur la poitrine, impuissant et furieux. Deux de ses ministres sont à ses côtés; à l'autre extrémité on voit râi^esse de Balaam, et un jeune homme amenant un bélier pour le sacrifice; il regarde le prophète. Cette composition a réussi pleinement devant l'opinion publique, et a enlevé le suffrage universel de tous les aristarques.

Quatrième arcade de gauche.

VII. Baptême de Nôtre-Seigneur dans le Jourdain, pour annoncer le don de régénération qu'il doit accorder à Teau employée dans le premier des sacrements.

(1) Nomb. xxiv, 17,

VIII. Le passage de la mer Rouge, où Finfidèle périt tandis que le peuple de Dieu en sort miraculeusement pour de glorieuses destinées.

Texte : « Erit sanguis vobis in signum. — Le sang vous sera un abri. » Exode, xn, 13.

Tandis que « Celui dont la voix crie dans le désert » est sur les bords du Jourdain, baptisant les peuples de la Judée, Jésus vient s'offrir au baptême de Jean; mais celui-ci s'en défend : « C'est moi, dit-il, qui dois être baptisé par vous et vous venez à moi. » Jésus reprend : « Laissez-moi faire pour cette heure; car c'est ainsi que nous devons accomplir toute justice (1). » Au centre du tableau, Jésus, dans l'eau jusqu'à mi-jambes, s'incline devant le Précurseur; la main gauche, enveloppée, retient la tunique bleue qui le couvre à demi ; la droite, baissée, s'écarte un peu du corps avec un geste de résignation. Jean-Baptiste, sur la rive, se penche respectueusement vers le Sauveur, qu'il asperge d'eau avec une coquille. En même temps, les cieux s'ouvrent et l'Esprit de Dieu, sous la forme d'une colombe, plane sur le Christ. Une voix du ciel fait entendre ces mots : « Celui-ci est mon fils bien-aimé, dans lequel j'ai mis toute mon affection (2). » Trois

(1) Saint Math., m, 44 et 15.

(2) Ibid., 17.

anges semblent élever vers le ciel un divin trio d'actions de grâce.

Moïse, sur le rivage, vient, par Tordre de Dieu, d'étendre sa baguette vers la mer où Pharaon et les Égyptiens sont engagés. Aussitôt les eaux, qui s'étaient retirées pour livrer passage à Israël, se referment sur les Égyptiens, et l'armée de Pharaon périt sans qu'il s'échappe un seul homme ; la figure de Moïse est extatique et terrible à la fois, la vent de la mer agite sa barbe et ses cheveux, une partie de son manteau rouge voltige autour de sa tête, tandis que son peuple, ivre de joie, célèbre par des transports d'allégresse la gloire de Dieu.

Cinquième arcade de gauche.

TX. Institution de l'Eucharistie par Notre-Seigneur (prêtre selon l'ordre de Melchisédech). Ps. cix, 5.

X. Melchisédech, offrant le sacrifice du pain et du vin, bénit Abraham (père des croyants).

Texle : «Novi Testament! mediator est. — Il est le médiateur d'une nouvelle alliance. » Hebr., ix? 25.

Dans ce tableau, le peintre a trouvé, dans son inépuisable sentiment, une grâce et une onction nouvelle pour la figure du Christ. L'instant est celui de l'institution de l'Eucharistie.. . Jésus se lève et dit : « Prenez et mangez, ceci est mon

corps (1). » Les apôtres entourent lé Sauveur, saint Jean est à sa gauche ; il se renverse un peu pour interroger le visage de son Maître ; sa figure est empreinte d'une douceur angélique. Tous sont animés de crainte et d'amour. Deux disciples, de chaque côté, se lèvent comme par un mouvement de surprise. Une heureuse diversité donne beaucoup de charme à cette composition, où, après tant et tant de maîtres, Flandrin a fait preuve d'une remarquable originalité.

Melchisédech, roi et pontife de Dieu, vêtu de blanc, d'une main présente à Abraham le pain et le vin, et de l'autre il le bénit ; Abraham s'incline légèrement; il est appuyé sur une lance, instrument de ses récentes victoires. Derrière lui commence son escorte. Après ce tableau, qui termine le côté gauche de la nef, nous arrivons tout naturellement à la cinquième arcade de droite, digne en tous points de la première.

La seconde moitié du travail, nous ne saurions trop le répéter, est absolument privée de lumière et souffre beaucoup du voisinage d'une fenêtre. Hippolyte Flandrin a lutté en désespéré contre ces difficultés; mais elles ont déjoué l'effort de

(1) Saint Math., xxvi, 20.

son génie. Que de belles expressions caressées par lui nous échappent ! Que de beautés renferment la plupart de ces têtes dérobées à nos regards par la distance et l'obscurité !

Cinquième arcade de droite.

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