XIV. ISAAG, AU MOMENT D ETRE IMMOLÉ PAR SON PÈRE
[ Texte : « Proprio filio non pepercit. — Il n'a pas épargné son propre Fils. » Rom., vin, 36.
Le soleil est obscurci, la terre couverte de ténèbres, le voile du temple se déchire, les éclairs sillonnent la nue. Le Sauveur a déjà poussé le cri suprême : « Mon Dieu, pourquoi m'avez-vous abandonné (1) ? » Il penche légèrement la tête vers sa mère, il jette à l'univers ces mots qui vont rem-
(1) Saint Marc, xv, 34.
plir les temps : « Tout est accompli (1). » Les yeux du Sauveur ne sont pas encore fermés, mais déjà la mort les en vahit, et je ne connais point en peinture une plus émouvante agonie. Personne, toutefois, ne peut en juger à une telle distance : il est de ces expressions indéfinissables qui ont besoin d'être étudiées de prés. Je ne sais si quelquesuns de mes lecteurs ont vu s'exhaler le dernier soupir d'un parent ou d'un ami. Ce moment formidable et suprême est rapide comme un éclair; cependant il demeure éternellement gravé dans la mémoire, sans qu on en puisse jamais retracer l'expression fidèle. Or, nous l'affirmons en homme qui a assisté à mainte agonie et cherché, le scalpel à la main, sur le cadavre les secrets de la nature, la mort du Christ de Flandrin (vue à un mètre de distance) nous a rendu tous les tristes, mais calmes sentiments que nous avait fait éprouver la réalité.
A côté de la mort du Christ, Isaac, sur le bûcher, est une touchante composition. Abraham est debout derrière le bûcher, sur lequel il a fait monter son fils, après l'avoir lié ; de la main gauche, il tient la tête d'Isaac, tandis que, de l'autre, il lève le
(l) Saint Jean, xix, 30.
couteau qui va frapper son fils unique.... L'ange de Dieu, prompt comme l'éclair, arrête la main d'Abraham. Le bélier qui doit servir d'holocauste est embarrassé par les cornes dans un buisson. Quelques nuages, du côté opposé, font comprendre que la scène se passe sur un lieu élevé.
Troisième arcade de droite,