‹ Hippolyte FlandrinChapitre 102 sur 211 · juillet · texte numérisé non relu

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sion vraiment merveilleuses. De pareilles expressions ne sont pas l'effet du hasard et pour les trouver il faut vraiment sentir et se mettre en communion avec le maître. 11 me semble que M. Ingres a dû être content, car ce ne sont pas seulement des louanges, ce sont des louanges justes... Ne nous oublie pas près de M. Ingres et dis-lui combien j'ai été heureux de lire des louanges dignes de lui1. »

Quelques mois plus tard, avait lieu la distribution des récompenses. Ingres obtenait une médaille d'honneur ; mais, à compter le nombre des voix, il ne venait que le second, après Horace Vernet. Flandrin ressent vivement le coup qui frappe son maître :

« Je te dirai que le jury des récompenses a fonctionné et qu’il a amené le beau résultat que voici. Le jury français proposait une récompense unique qui eût dominé toutes les autres ; mais les étrangers ont vivement réclamé et on a fait une liste de neuf noms pour autant de médailles d’honneur. Celui qui a eu le plus de voix a été M. Horace Vernet ! M. Ingres ensuite ! Juge de notre chagrin et de celui de ce cher

1. 29 juillet 1855. Il est intéressant de rapprocher de ce jugement sur Th. Gautier ces lignes que, dix ans auparavant, Flandrin écrivait sur le même critique dans une lettre à Lacuria : « Vous me demandez si je voudrais prendre un jour vos trois articles et les porter à Théophile Gautier. Franchement, voilà ce que je trouve triste ! Je trouve que cet homme est le meilleur critique d’art que nous ayons en ce moment. Je lui trouve un sentiment fin, juste et poétique, mais je ne sais pourquoi il me fait peur. Cette intelligence si facile rit de tout, se moque de tout. Et moi qui crois et aime sincèrement certaines choses, il me semble que je serais mal à l’aise en face de lui. J’ai peut-être tort, car bientôt je serai à sa merci ; mais j’ai peur. Donnez donc cette commission à la personne dont vous parliez, et s’il vous répond, faites-m’en part, je vous prie. Ça m’intéressera beaucoup. » (Lettre de décembre 1845, publiée par M. Tisseur dans la Revue du Lyonnais, VL 438.)

maître ; car, bien que la deuxième médaille ait le même jang 1 que l’autre, il y a dans l’ordre de nomination un elTet moral déplorable. Presque tout le monde est indigné. Les autres médailles sont données à Henriquel Dupont, Cornélius, E. Delacroix, Landsear (anglais), Leys (belge), Decamps, Heim2... Enfin je disais à M. Ingres qu’il ne devait pas regretter son exposition, car certainement il devait, après avoir vu cette admirable réunion d’ouvrages, avoir une conscience plus haute de sa force et de sa supériorité 3. »

Le vieux maître, furieux, en particulier de se trouver au même niveau que Delacroix, menaçait, tout comme Alceste, de s’enfuir au désert.

« La commission est accouchée d’une liste de neuf,- écrivait Ingres à cette époque, où moi, peintre de haute histoire, je suis sur le même rang que l’apôtre du laid... Aujourd’hui, dans ce moment, on est occupé à faire sanctionner, en assemblée de toutes les commissions, ces iniquités. Je ne sais en vérité ce que je dois faire. Tout ce que je sais, c’est que, si je ne suis pas content de ce que l'on fera pour moi, je déserte le monde, ma position, toute espèce de participation aux travaux d’art, et je me clos chez moi pour... donner mes derniers moments à l’amour de l’art, par l’exercice et la seule fréquentation des chefs-d’œuvre, en vivant en paresseux laborieux4. »

1. Flandrin veut dire « la même valeur ». D'ailleurs, dans la distribution des récompenses, on eut le bon goût de ranger les artistes par ordre alphabétique.

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