Ingres , par le comte Delaborde, p
Flandrin faisait do son mieux pour calmer cette irritation.
« Notre pauvre maître est un peu revenu *du premier coup qu’il a reçu; mais ce sera difficile à effacer tout à fait. Je l’ai vu ces jours-ci très souvent, pour tâcher de le consoler un peu et par conséquent, je ne lui ai pas dit ce qui vous arrive1, il le saura bientôt. Jamais il ne m’a témoigné plus d'affection et de confiance et vraiment j’en suis bien reconnaissant2. »
Le gouvernement impérial s’appliqua lui aussi à témoigner au vieux maître les marques de l’estime publique. Par un décret en date du 1 J\ novembre 1855, il le nommait grand-officier de la Légion d’Ilonneur. Quelques années plus tard, il le faisait entrer au Sénat. « M. Ingres allant remercier le ministre d’Etat, M. Walewski, le ministre lui répondit : J’applaudis de tout mon cœur à votre nomination, mais c’est l’empereur, et de son propre mouvement, qui vous a nommé et récompensé par cette dignité. La chose, du reste, a été annoncée chez M. Ingres, par une lettre charmante de l’impératrice à M,ne Ingres, qui a voulu être ainsi la première à l’en féliciter, et dans des termes très dignes et très aimables. »
En annonçant cette bonne nouvelle à son ami Lacuria, Flandrin ajoutait : « En général, on a applaudi à cette justice rendue au chef de l’Ecole française. Mais il y a quelques chiens enragés de la meute de Delacroix qui s’en vengent en ce moment par des torrents d’injures et, si le pauvre maître pouvait
1. Ni Paul Flandrin, ni Alexandre DesgofTe n’avaient obtenu, malgré l’importance et le mérite de leurs œuvres, la moindre médaille.