février
IIIPPOLYTE FLANDRIN
Les inquiétudes des siens n’étaient pas tout à fait sans fondement, quand il travaillait sur un échafaudage élevé. Il avait l'habitude de se reculer pour mieux juger de l’elFet de son œuvre. Un jour qu’il s’éloignait ainsi de la muraille, les yeux et la pensée fixés sur sa peinture, il lui arriva d’atteindre sans le savoir le bord du plancher et de mettre un pied dans le vide. Mais avec beaucoup de sang-froid, il garda son aplomb et continua son travail.
Il avait espéré avoir fini pour Pâques : il ne put.
« Je suis vraiment désolé d’avoir ainsi dépassé le terme que j’avais indiqué ; mais ce ne sont pas les artistes, ni ceux qui comprennent les exigences de l’art, qui pourraient m’en faire un crime1. »
« Il est si difficile d’arriver à pouvoir dire: c’est fini2! w 11 était de ceux qui ne sont jamais contents d’eux-mémes et, en quittant Nîmes, il trouvait encore à reprendre «à son œuvre que tout le monde proclamait magistrale.
L’église Saint-Paul se divise en trois nefs terminées par trois absides. La nef centrale n offrant pas à la peinture une frise comme celles de Saint-Vincentde-Paul ou de Saint-Germain-des-Prés, la décoration a porté sur les trois absides, les murs du chœur et les galeries latérales.
Quand on entre dans l’église, on aperçoit d’abord, sur le fond doré de l’abside centrale, une composition majestueuse : un Christ colossal, assis sur son trône, étend les mains dans un geste de souveraine puissance et de bonté. A ses pieds, prosternés dans la poussière, deux hommes, un roi et un esclave, adorent