SAINTE FÉLICITÉ ET SES ENFANTS
(Frise de Saint-Vincent-de-Paul. 1852).
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une impératrice comme sainte Pulchérie à côté d’une bergère comme sainte Geneviève, puis, en deux chœurs, les saintes Femmes, parmi lesquelles nous remarquons sainte Félicité, précédée de ses sept enfants, qui furent martyrisés avec elle. L’aîné, un enfant de dix ans peut-être, marche le premier, portant à deux mains la grande épée qui a tranché la vie de ses frères et la sienne. Derrière lui s’étagent selon l’âge de chacun les tçtes angéliques de ces enfants. Leur mère ne les regarde pas, elle craindrait peut-être de s’attendrir, mais dans un geste surhumain elle les pousse devant elle au martyre.
Le cinquième chœur est celui des saintes Pénitentes. Flandrin, qui venait de peindre les gloires de la virginité et de la maternité, trouvait dans les gloires du repentir la matière d’une page nouvelle et touchante pour son poème de la femme sanctifiée par le christianisme. Là, sans que son pinceau cessât de rester chaste et chrétien, il était amené par son sujet même à se montrer plus véhément et plus libre. Certaines de ses Pénitentes, comme sainte Théodore et sainte Marine, semblent si complètement ensevelies sous la bure que le monde est vraiment mort pour elles. Mais d’autres, comme sainte Marie- Madeleine et sainte Marie l’Egyptienne, paraissent s’acharner avec âpreté dans leur lutte contre une nature rebelle. Sainte Madeleine en particulier est bien différente de ces jolies pécheresses que le Salon nous montre chaque année. Decouverte d’un tissu grossier, échevelée, les yeux au ciel, le corps droit et raidi dans une sorte d’extase, elle a quelque chose de sauvage et de terrible. Plusieurs figures contrastent par leur grâce et leur élégance avec cette austère simplicité. Ce sont sainte Pélagie et sainte
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Thaïs, l’une retirant son collier, l’autre jetant au feu ses parures. On dirait que Flandrin a voulu les saisir au moment où, touchées de la grâce, elles renoncent aux vanités du monde. Mais ce n’est là qu’un souvenir lointain du sacrifice salutaire. L’âme a depuis longtemps reconquis son innocence et le geste de ces beaux corps n’est qu’un symbole.
Dans le sixième chœur, l’artiste, par une inconséquence bien pardonnable, est revenu sur le principe auquel il s’était conformé dans tout le reste de la décoration. Après avoir rangé d’un côté les pontifes et les confesseurs, de l’autre les vierges, les veuves, les pénitentes, il semble avoir eu le sentiment qu’il allait être incomplet. Pourquoi séparer ce que Dieu a uni ? Le christianisme n’a-t-il pas marqué de son empreinte la famille comme l’individu ? et alors il a conçu l’idée nouvelle et hardie, quoique simple et naturelle, d'ajouter aux chœurs précédents celui des saints ménages. Voici donc saint Eustache marchant au martyre en compagnie de sa femme et de ses enfants, saint Adrien et sainte Natalie la main dans la main, comme au jour du serment nuptial, pour un échange réciproque d’énergie, de foi et de tendresse. Les bras sont chargés de chaînes et sans doute le supplice est préparé : les deux époux l'affronteront d’un même cœur, ou plutôt ils l’ont affronté et c’est dans cette suprême étreinte qu'ils sont entrés au ciel. Et la procession familiale continue. Les couples pieux se pressent avec une variété de costumes qui indique les différences de conditions et d’époques.
Théophile Gautier remarquait malicieusement que le couple le plus récent, à s’en rapporter an costume, doit remonter au douzième ou au treizième siècle et il demandait s’il ne serait plus possible, dans l’état de
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mariage, d'arriver à la canonisation. Cette innocente plaisanterie était bien loin de l’esprit du peintre, qui a mis dans ce groupe plus de ses sentiments intimes que nulle part ailleurs, comme Corneille a certainement fait passer beaucoup de son âme dans les dialogues de Polyeucte et de Pauline. En peignaut ces saintes épouses qui soutiennent le courage de leurs maris, il leur prêtait inconsciemment quelques traits de ressemblance avec la sienne et ces enfants qui égayent ce grave cortège sont faits à l’image de son cher Auguste et de sa petite Cécile, âgés en 1853 l’un de huit ans, l'autre de cinq.
Donnons, d’après la correspondance de Flandrin et ses notes intimes, quelques détails sur l’exécution de ce grand travail.
1 1 se mi t à l’ œ u vr e d a n s 1 e s p r e mi e r s j ou r s d ’ a où 1 1 8 9 . En annonçant cette nouvelle à sa mère, il lui demande à son habitude plus que des vœux de sympathie : « Priez Dieu, chère maman, pour qu’il me fasse faire, comme je le désire, une chose digne de sa maison b »
Ecrivant à Paul, il lui fait part de ce qu’il appelle « sa trouvaille ». Il s’agit du fond sur lequel doivent se détacher les personnages.
« J’ai trouvé un fond d’ocre, comme ceux de Nîmes, mais avec un lin dessin d’or. C’est très riche, très lin eJ ça laisse voir les peintures, ce qui n’aurait pas lieu avec l’or plein. M. HittorlY et M. Picot sont enchantés de ma trouvaille. »
Il commença parle chœur des Apôtres. « Les douze Apôtres sont ébauchés, avancés, écrit-il le 28 août, et il ajoute ce petit trait sur l’impression produite :