‹ Hippolyte FlandrinChapitre 148 sur 211 · Voir le Temps du 31 mars · texte numérisé non relu

Voir le Temps du 31 mars

privilégiée qui charme et retient par l’expression de l’âme, du caractère et de l’esprit, par la convenance accomplie de la forme, du maintien et du costume. Ainsi vous prend d’abord ce portrait qu’il a exposé ! Quelle beauté morale respire sur cette figure, en purifie les traits et les contours, supplée la beauté de la jeunesse 1 Comme le front se décore de ces cheveux qui blanchissent, comme toute la personne se relève sous l’exquise simplicité des ajustements ! L’âge ne pèse point sur une femme qui le porte avec cet abandon, l’âge meme lui sied, quand elle a cette élévation naturelle du cœur, cette douce intelligence. C’est une pure et fraîche image à garder soigneusement au foyer de la famille, c’est la plus enviable des mères, la plus noble, la plus touchante des aïeules. » En mettant sous les yeux de Flandrin cette appréciation de son œuvre, le fils de Mrae Vinet lui écrivait : « Quand vous lirez ce qu’un ami de l’art, mais un homme auquel nous sommes inconnus, en un mot un étranger, un indifférent a éprouvé, a senti à la vue de cette peinture, vous comprendrez que c’est une des nécessités de mon cœur de vous témoigner encore une fois mon éternelle reconnaissance. Grâce à votre talent si pur, à votre intelligence si élevée, vous avez glorifié ce que j’ai de plus cher au monde, vous en avez fait un de ces types qui émeuvent tous ceux qui ont le sentiment du beau. Grâce à vous, si un jour un cruel événement vient m’accabler, ma mère ne sera pas entièrement perdue pour moi. Jugez donc, et j’en appelle à vos sentiments de fils, de l’étendue de ma gratitude et de la puissance des sentiments qu’elle m’inspire1. »

LES PORTRAITS

Et Flandrin répondait : « Que n'ai-je pu faire cent fois mieux pour un homme qui sent si bien 1 ! »

On serait tenté de croire que dans ces premiers portraits l’artiste, peu maître de son talent, se cherchât encore et laissât voir quelque hésitation. Il semblerait naturel de vouloir distinguer plusieurs manières consécutives dans sa carrière. Mais, à vrai dire, la plupart des portraits de cette époque ne le cèdent guère à ceux qu’il lit plus tard, soit pour la ressemblance, soit pour l'intensité de l’observation morale, soit pour le mérite de la peinture. A preuve le portrait de Mme Vinet, à preuve encore le portrait charmant et exquis de Mlle Paule Baltard, la tille de l’ami de l’artiste, âgée alors de cinq ans. L’enfant, coiffée d’un petit bonnet et le cou enfermé dans une guimpe de batiste, nous regarde avec une moue amusante, et semble nous dire : Je suis bien sage, parce que je le veux ; mais, si je ne le voulais pas, rien ne m’y forcerait. Ce gentil visage, si intelligent et si décidé, ressort de la toile avec un relief puissant. Les tons gris se fondent dans une harmonie des plus douces et des plus élégantes. Quelqu’un a dit de ce petit chef-d’œuvre que Velasquez ne l’eût pas désavoué. En tout cas, il fait autant d’honneur à l’artiste que ses portraits les plus connus 2m

Sans donc vouloir nier l'évolution, ni même la progression du talent de Flandrin, nous ne croyons pas qu’il soit juste de distinguer parmi ses portraits diffé-

Page 1