‹ Hippolyte FlandrinChapitre 149 sur 211 · avril · texte numérisé non relu

avril

2. Ajoutons à ces admirables portraits celui que le peintre a fait de sa mère, image douce et humble comme son modèle, étudiée avec la complaisance respectueuse d’un fils et la précision sincère d’un primitif (V. p. 117).

rentes manières. Ce n’est pas tant sa science qui a progressé, que sa notoriété. Une partie du public, le jury ont pu ne pas comprendre d’abord le mérite de telle de ses œuvres et quelquefois le méconnaître. L’artiste, suivant son programme, « s'est vengé en faisant mieux », ou plutôt en donnant des preuves plus incontestables de sa supériorité.

Cependant le portrait de Mn° Delessert 1 marque dans la carrière de Flandrin une date importante. C'était son premier portrait de jeune fille. C’était aussi Ja première fois qu’il sortait pour ainsi dire de la clientèle de ses amis. La famille Delessert se montra très sympathique à l’artiste. La jeune fille était charmante, simple et vive dans ses manières, aimable et rieuse, Elle montait en courant l’escalier de Flandrin, jetait ses affaires sur un canapé et tout de suite, avec une exagération comique, prenait la pose convenue. Cependant sa bonne gouvernante, qui la suivait comme elle pouvait, arrivait tout essoufflée et s’affalait dans un fauteuil. Puis quand cette pauvre dame, vaincue par la fatigue, s’endormait profondément, la jeune fille disait au peintre en souriant : « Voyez comme je suis bien gardée. »

Son portrait nousla montre debout, grande et svelte, laissant tomber ses bras devant elle sur sa longue robe blanche. De larges bandeaux, suivant la mode du temps, encadrent le pur ovale du visage. L’expression est douce et rêveuse. Les yeux les plus jeunes et les plus gais prennent quelquefois cette gravité, en l'absence du sourire : c’est la majesté de la candeur. Cette naïveté virginale, cette taille élancée et

1. Plus tard comtesse de Nadaillac. Le portrait est aujourd’hui entre les mains de M. Emmanuel Bocher.

LES PORTRAITS

la blancheur delà toilette font involontairement penser à un beau Iis L

A cette première époque se rattache le portrait du P. Lacordaire. Le grand orateur, qui venait de rétablir en France l’ordre des frères Prêcheurs, ne négligeait rien pour habituer les yeux des Parisiens à son costume de moine. Il avait fait peindre son portrait par Chassériau et lui avait dit : « Exposez, c’est encore une manière de faire connaître mon habit. » Cabat demanda à Flandrin de dessiner les traits de l’illustre dominicain. Le P. Lacordaire était alors à Phôtel du Bon La Fontaine, rue de Grenelle. Flandrin s’y rendit ; malheureusement son modèle très occupé ne pouvait lui donner qu’une séance de trois heures'. La pièce était petite, l’éclairage déplorable, le jour venant d’en bas. Flandrin en fit l'observation : aussitôt, d’un mouvement brusque, le Père s’assit par terre. Flandrin, désolé, le supplia de se relever et de vouloir bien le suivre à son atelier : sitôt dit, sitôt fait, et l’intrépide religieux resta trois heures immobile et muet. Ce n’était pas chose banale que ce tete-à-tête du grand prédicateur catholique et de celui qui allait devenir le premier peintre religieux de son temps. L’artiste respectait le silence du moine et avec admiration il retraçait cette male et ascétique physionomie, ce noble front, ces yeux étincelants de génie 1 2. La séance terminée, le P. Lacordaire

1. Dans une lettre à son frère Auguste, Flandrin s’applaudit des excellents procédés de la famille Delessert : « J’ai fini le portrait de M,le Delessert ; toute la famille a été enchantée et a usé de toutes les façons aimables pour me l’exprimer. Puis enfin le généreux prix de trois mille francs a couronné tout ça. Mais le mieux encore, c’est de les connaître, car il est impossible de trouver rien de meilleur. » (1er juillet 1842.)

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