Éloge de II. Flandrin, par Rf.ulé, p
Cependant ce n’étaient pas toujours la jeunesse et la beauté qui venaient chez lui poser en élégantes toilettes, et il n’était pas de ceux qui font consister leur art à démentir la nature, mais au contraire, il faisait profession de la suivre avec amour et de lui obéir humblement. Il est des peintres qui prêtent à tous leurs modèles des yeux fendus en amande, un teint rose, une bouche en cœur : Flandrin n’était pas si flatteur, et, si son modèle avait des rides ou de l’embonpoint, il ne se croyait pas tenu de le rajeunir ou de l’amaigrir. Mais, semblable à ce philosophe qui disait : Si mon ami est borgne, je le regarde de profil, il savait voir le charme individuel qui ne manque jamais, même à un visage disgracieux. Boileau n’a-t-il pas écrit :
« Chacun, pris en son air, est agréable en soi » ?
D’une personne sans beauté on peut faire un beau portrait.
Flandrin apportait un soin particulier à la po^e de ses modèles, qu’il s’efforçait d'approprier à Page, au caractère, au rang. 11 ne s'en remettait pas au hasard pour décider si la figure serait debout ou assise, dans une attitude énergique ou abandonnée. Les accessoires aussi ont leur importance. Ce n’est pas tout de les bien choisir. 11 faut les traiter comme ils lu méritent, en les subordonnant à l’ensemble. Les vêtements en particulier demandent à être surveillés avec sévérité, parce qu’ils ont tendance à empiéter.
« Tout Paris a vu des portraits de femme où la robe faisait tort à la tête, des portraits d’homme où la figure était la très humble servante d’une paire de bottes, vernies comme au passage de l’Opéra. » Ainsi s’exprimait Edmond About en 1857 1