Lettre à Lacuria, 25 janvier
I1IPPOLYTE FLANDRIN
Ces deux portraits, avant d’ètre deux triomphes pour leur auteur, lurent pour lui et longtemps à l’avance (surtout le premier,) un vrai supplice1.
Le prince Napoléon est pris sur le vil*. Ce gros corps qui se carre dans un fauteuil, ce poing fermé rageusement sur la cuisse, ce masque de statue antique, ce regard d’aigle, mais d’aigle captif, cette expression hautaine et inquiète, tout cela produit un effet saisissant.
« Si tous les documents de l’histoire contemporaine venaient à périr, la postérité retrouverait dans ce cadre le prince Napoléon tout entier. Le voilà bien ce César déclassé, que la nature a jeté dans le moule d’un empereur romain et que la fortune a condamné, jusqu’à ce jour, à se croiser les bras sur les marches d’un trône2. »
Le portrait de l’empereur3 figurait à la place d’honneur 4 du Salon de 1863. « La première toile qui attire invinciblement le regard, quand on pénétre dans le grand Salon carré, écrivait Théophile Gautier, c’est le Portrait de V Empereur par M. H.Flan-
1. Le portrait de l’empereur fut peint en 1861 et 1862. Dès 1853 nous notons sur un agenda d’H. Flandrin cette petite mention : « Visite de la princesse Mathilde (à Saint-Vincent-de- Paul)... elle est fort aimable, mais me parle du portrait de l’empereur. » (24 mai 1853.)
2. Edmond About l'Opinion nationale, 29 mai 1861). Voir aussi Théophile Gautier (le Moniteur, 25 juin 1861.)
3. Napoléon III accorda à l’artiste quelques rapides séances aux Tuileries. Les détails du costume et les accessoires furent exécutés par l’artiste dans son atelier. Il se servit aussi de photographies-
4. « Le portrait de l’empereur a été mis, à la place d'honneur, dans un horrible salon sans lumière, où il est devenu noir comme un crêpe. Le succès, cependant, est, dit-on, très grand, surtout chez les artistes et même les artistes de différents camps. » (Lettre d’H. Flandrin à Lacuria, juin 1863.)