‹ Hippolyte FlandrinChapitre 169 sur 211 · novembre · texte numérisé non relu

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quand il trouve un mérite quelconque dans les tentatives les plus audacieuses. » L’Institut était donc coupable d’avoir une doctrine. Suivait une critique acerbe du système d’enseignement de l’Ecole des Beaux-Arts. Le rapport constatait, avec raison, que les écoles particulières, comme celles de David, de Gros, de Guérin, de Girodet, d’Ingres, après avoir jeté tant d’éclat au commencement du siècle, avaient disparu sans être remplacées, et, pour remédier à ce mal, le décret portait l’ouverture de plusieurs ateliers officiels à l' intérieur de l’Ecole.

Le rapport dénonçait l’absence de cours pratiques et techniques des procédés de la peinture, de la gravure, etc., et, pour combler cette lacune, dont il triomphait bruyamment, il allait jusqu’à proposer que Y Ecole fut ouverte aux enseignements les plus divers.

Cette conception éclectique de l’enseignement était pour le moins nouvelle, et l’on juge de l'effet que pouvaient produire de pareilles assertions sur les esprits d’artistes qui avaient fait leurs preuves, et qui, par conviction comme par situation, étaient amenés à prendre la défense des traditions menacées.

Le rapport s’élevait ensuite avec force contre l’institution des concours, qu'il représentait comme préjudiciable au développement de l’originalité des élèves; mais, au lieu de les supprimer, il se contentait de changer le jury, preuve manifeste de l’esprit de défiance qui avait dicté ce factum. N’y lisait-on pas, dès les premières lignes, que « l’organisation actuelle n'offrait pas toutes les garanties que le gouvernement et le public étaient en droit de réclamer ? » Et, à la fin, ne rencontrait-on pas cette phrase décidément peu flatteuse pour les membres de l’Institut : « Toute modification qui tendrait à constituer

HIPPOLYTE FLANDRIN MEMBRE DE L’iNSTITUT

un jury éclairé et indépendant de toute tradition serait, n’en doutons pas, accueillie avec reconnaissance par les artistes ? »

Enfin l’institution meme de l’Académie de France à Rome était gravement atteinte. « La résidence à Rome me paraît trop prolongée, » disait le rapporteur, et il réduisait de cinq à quatre années le temps de la pension, en stipulant que deux années sur quatre seraient consacrées à des voyages au gré du pensionnaire.

D’un bout à l’autre, ce rapport est un manifeste agressif de l’esprit individuel contre l’esprit de tradition. On croirait assister à une révolte de la bourgeoisie artistique envahissant le palais Mazarin, où régnait une oligarchie de maîtres devenus impopulaires, leur demandant brutalement de quel droit ils exercent leur tutelle sur l’art national et les dépouillant de leurs prérogatives pour les conférer, non à la foule, mais au ministère d’alors, complice de cette émeute, de ce 10 août académique.

La section des Beaux-Arts se devait de se défendre. Elle le fit par la plume de Boulé, avec autant de vigueur que de dignité. Une sorte de polémique étrange s’engagea entre le surintendant et le secrétaire perpétuel, plaidant tous deux devant l’empereur; avec des chances très inégales de succès.

Mais, si l’Académie était blessée dans sa dignité, certains artistes étaient frappés en plein cœur, ceux qui, sensibles à l’honneur du corps auquel ils appartenaient, étaient encore plus soucieux des intérêts de l’art qu’ils se croyaient confiés, ceux qui avaient une foi artistique, et qui voyaient leurs plus chères convictions foulées aux pieds. Au premier rang de ceuxlà, à côté d’Ingres, se trouvait Hippolyte Flandrin,

Il soupçonnait déjà les projets qui se préparaient; mais la publication du décret et du rapport produisit chez lui une explosion de douleur et d’indignation. Sous le coup de l’émotion, il écrivait aussitôt à Gatteaux :

« Depuis dix jours je repassais avec bonheur les leçons que donnent ici l’antiquité et les maîtres. Plein d’enthousiasme, je sentais s’augmenter encore mon respect et ma reconnaissance pour l’admirable création de Colbert et de Louis XIV, pour cette École où, indépendamment de l’étude des chefsd’œuvre contemplés à leur place, dans le milieu qui les a vus naître, se trouve encore le bienfait inappréciable d’une cohabitation qui fait communiquer entre elles les études relatives aux différents arts. C’est quand j’étais plus convaincu que jamais de l’excellence de ces choses, c’est au milieu de ces réflexions que tomba la nouvelle de la ruine de nos beaux établissements, je dis la ruine, car le rapport qui provoque le décret est aussi inexact dans les vues que dans les critiques et je ne vois pas qu’il puisse sortir de là autre chose que le désordre, le désarroi le plus complet. Puissé-je me tromper !

« La critique de ce document est trop facile, je n’y entrerai pas, mais je suis loin, je suis seul et je de»mande à mon conseil, à mon ami ce qu’il faut faire : qu’a dit l’Académie trois fois outragée ? A-t-elle protesté? Et comment? Je ne sais rien. Je déclare m’associer à tout ce que vous aurez trouvé juste et bon, non dans notre intérêt, mais dans celui de l’art et du pays et pour notre honneur1. »

Sur ces entrefaites, Flandrin recevait une lettre

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