Le 18 novembre
ciel chargé ; de loin en loin un pâle rayon perce les nuages. La campagne est d’un ton superbe, mais d’une expression mélancolique ; du reste ce voyage me dispose bien naturellement à ce sentiment. Les souvenirs de Lyon et de Rome s’unissent pour me ramener à nos anciens jours 1 et, lorsque je regarde au fond des vallées les derniers horizons qui les couronnent, je crois regarder bien loin dans la première phase de notre vie. » A Lyon, il s’arrête et monte avec son fils aîné « cà la sainte montagne », pour aller prier sur la tombe de ses parents. « J’y ai trouvé des fleurs fraîches et en ai été touché aux larmes. Nous revenons par Fourvières et la Montée des Anges. Quelle belle ville! Quel caractère! » H. Flandrin pouvait alors répéter ces touchantes paroles, que lui avait inspirées deux ans plus tôt2 sa ville natale : « Adieu, beau et cher pays où repose tout ce que notre jeunesse a aimé, terre vénérable que je regarde avec amour, sur laquelle je marche avec respect ! Chaque fois que j’y viens sans toi, mon Paul, je te regrette vivement. Ces bonnes émotions, je voudrais toujours les partager avec toi et il faudra, si Dieu nous prête vie, que nous y revenions ensemble dans ce but, ce but unique, d’y repasser notre jeunesse et nous rapprocher ainsi toujours davantage. » De Lyon à Marseille, ce beau trajet qu’il connaît si bien lui donne des émotions toujours plus vives. « Ce matin nous sommes repartis pour Nice, ici il faut renoncer à rien dire. Je ne peux plus que lever les bras. Ce sont partout des beautés de l’ordre le plus élevé,
1. Ce passage est extrait d’une lettre adressée à son frère Paul (Nice, 22 et 23 octobre 1863).