Lettre du 16 septembre
SECOND VOYAGE EN ITALIE
des magnificences dont rien ne peut donner l’idée. Je suis littéralement fatigué d’admiration. »
En 1832, Flandrin était entré en Italie par la route du Mont Genis : en 1863, il suivit la route de la Corniche, qui naturellement l’enchanta. « La meilleure part de toutes ces magnificences appartient à notre pays, de Marseille à Nice et à Menton. Dans notre Provence surtout, c’est tellement au-dessus de tout que je ne l’oublierai jamais. J’en raffole ! et je recommencerais tout de suite1. » Dans ses notes rapides Flandrin regrettait souvent de ne pouvoir dessiner au lieu d’écrire. 11 nous semble cependant que le crayon n’ajouterait pas grand’chose à ce petit croquis : « Nous voici à Gênes ; logés sur le port, nous avons une vue très belle, très intéressante, mais assaisonnée d’un bruit incroyable. Ce sont des cris, des bruits de toutes sortes et qui forment quelque chose d’incompréhensible : cris humains, cloches, charrettes, locomotives, tout s’en mêle. La foule est composée de la manière la plus variée : soldats de toutes armes, portefaix, marins, prêtres, foreslieri 2, moines ; les charrettes, les ballots et surtout de longs convois de mulets, et tout ça si serré, si dru, que quelquefois, en se retournant pour parler à un des siens, on embrasse un cheval ou un âne ! Et les boutiques ! Ah ! ma foi, ça a du caractère : pizzicaroli 3, confiseurs sont décorés comme des chapelles, et il y a dans toutes un Garibaldi. L’aspect de certaines rues est prodigieux, palais à tous les pas, et beaucoup de véritablement beaux, qui donnent à cette ville un carac-