Journal de voyage de Flandrin
SECOND VOYAGE EN ITALIE
l’école Siennoise, en particulier celle d’Ambrogio Lorenzetti. « Elle est malheureusement bien ruinée, mais une fois qu’on a vu de pareilles choses, quelque mutilées qu’elles soient, on s’en souvient toujours b »
Flandrin traverse en voiture le pays si pittoresque de la Toscane. « La montagne de Viterbe, que nous franchissons avec six chevaux, est gardée par six ou sept postes de gendarmerie, qui y passent les jours et les nuits. C’est là, à ce qu’il paraît, qu'est le point critique. Nous ne sommes pas toutefois assez inquiets pour négliger la sublime vue dont on jouit au sommet. En descendant, nous devions découvrir déjà le Monte Cavi, mais les vapeurs nous en empêchent. Nous longeons, en le contournant, le beau lac, qui me fait répéter ce que je disais il y a près de trente ans : « 11 semble que c’est la nature sortant de la main de Dieu après la création. » Les souvenirs de ce vieux temps et de mes voyages à pied avec Paul et Oudiné me sont bien vivement rappelés 1 2 ! »
Mais en approchant de Rome toutes ces émotions
redoublent.
1. Un des monuments qui le charment le plus est la Porte Romaine. « J’admire comme les artistes de cette époque savaient donner à chaque édifice sa signification propre. Cette porte, selon qu’elle est ouverte ou fermée, prend tour à tour le caractère d’un arc de triomphe ou if.un invincible obstacle. Elle fait front à l’ennemi avec une merveilleuse audace et cependant elle s’aide encore d’une pensée pieuse : car, dans la chapelle suspendue au-dessus du passage, elle présente à la vue l’image de Dieu, sous la protection duquel la ville s’abrite. Sous l'arc de ce monument si simple et si fort, nous regardons une campagne enchanteresse, éclairée par un doux soleil d’automne. Les fonds, du plus bel outremer, sont coupés par des vapeurs blanchâtres qui en déterminent les plans. C’est charmant ! »