Lettre à Paul Flandrin, Rome, 10 novembre
2 Même lettre.
3. Flandrin ajoutait dans la lettre à son frère : « Ces sensations que tu comprends et partages, mon cher ami, je me faisais presque un reproche d’avoir pu sans toi venir les chercher ; car, tu le sais bien, cette chère amitié fait souffrir, si nous ne lui rendons pas tout commun; mais malheureusement ce n’est pas possible et il faut encore remercier Dieu d'une souffrance qui prouve que nous nous aimons. »
SECOND VOYAUE EN ITALIE
lation1, malgré un temps affreux, Flandrin va revoir et admirer les belles choses qui lui tiennent tant au
cœur.
Sa première visite est pour le Vatican, qu'il retrouve « non plus grand, mais plus admirable encore qu’autrefois. » — « Tout y respire une majesté et une force surhumaines; il y a là quelque chose qui ne se trouve pas dans les palais des rois. » Le lendemain, sous une pluie battante, il mène son fils aîné au Forum. « Nous allons de la colonne Automne à la colonne Trajane, au tombeau de Bibulus, au Capitole, et enfin au Forum, jusqu'au Colisée. Nous revenons comme deux barbets; il eût peut-être mieux valu attendre, pour voir cela avec de l’effet, sous une belle lumière; mais nous considérons cette course comme un hommage à tant de nobles choses 2. » Puis il retourne à Saint-Pierre et va revoir les peintures de Raphaël. « Nous passons par les Loges, dont la vue me transporte d’admiration, sentiment qui va toujours en augmentant quand nous approchons des Stanze. La vue de ces chefs-d’œuvre, dont la mémoire est dans mon cœur autant que dans ma tête, ranime encore mon enthousiasme : quelle joie de voir ainsi se réaliser le beau ! O mon cher Paul, pourquoi n’es-tu pas là 3 ? »
« Aujourd’hui, écrivait-il quelques jours après4 5, j'ai été aux Stanze et pour la première fois je suis remonté au Musée. La Transfiguration 0, le Couron-
1. Il s’installa avec sa famille 107, via del Babuino, au coin de la place d’Espagne. C’est là qu’il devait mourir.