Le 4 décembre i
5. « La Transfiguration est rayonnante de beauté. Quelle force! O glorieuse chose! Partout, en tout, il est incomparable.
HIPPOLYTE FLANORIN
nement de la Vierge , la Madone de Foligno, etc., je me suis délecté de tant de belles choses : elles sont plus jeunes, plus brillantes que jamais. Que ne puis-je en dire autant des fresques ! Mais hélas ! (je ne sais si je me trompe), il me semble que certaines Loges ont beaucoup soulïert, et que dans les Stanze il y a un certain travail de ruine que je ne connaissais pas et qui fait trembler. Comment penser en effet de sang-froid que nous perdrions 1 ces merveilles, produits d'un homme et d’un temps privilégiés, depuis longtemps passés et qui ne peuvent renaître; car le goût et les idées vont chaque jour s’en éloignant encore plus que le temps. » J1 était alors sous le coup des projets de réforme de l’Ecole des Beaux-Arts, et il ajoutait avec amertume : « Au milieu du persiflage et du doute général, un homme de bonne foi paraît maintenant une bête et cependant que faire sans ça ? »
Cette foi, cette candeur, si rares de nos jours et cependant si précieuses, Flandrin les sentait plus que jamais vivre en son cœur en présence de ces chefs-d’œuvre qui l’avaient passionné autrefois et qu’il goûtait plus encore après vingt-cinq ans, non seulement parce qu’il y retrouvait le charme de ses J impressions de jeunesse, mais parce que, comme il le sentait lui-même, ses propres efforts et ses propres progrès l’avaient rapproché des maîtres et lui permettaient de pénétrer plus profondément dans leur
On ne peut guère voir après lui que ceux qui l’ont précédé.
La nature s’est-elle donc épuisée à le produire ? » Journal de voyage, 4 décembre 1863.)
i. Dans sa lettre à son frère Paul (4 décembre 1863), Flandrin a omis ici un mot, que nous suppléons d’après le sens général.
SECOND VOYAGE EN ITALIE
intimité. « Je crois que nous 1 avons fait quelques progrès, car tout cela m’apparaît plus beau que jamais2. w
Flandrin a toujours eu pour les Primitifs3 une prédilection intime. On se rappelle toute l’émotion que lui avaient causée, à différentes époques, les maîtres de l'école Toscane.
A Rome, Flandrin n’oublie pas ses chers Primitifs, il va revoir à l’église des Capucins « la belle composition de Giotto ». 11 constate avec étonnement qu’elle est sur toile. « C’est un carton colorié comme une fresque ou comme une détrempe, ce que je ne croyais pas ; car autrefois je l’avais toujours pris pour une fresque 4. » De là il se rend à Sainte-Marie Majeure pour voir « l’admirable mosaïque de Gaddo- Gaddi, » et à Sainte-Praxède, où il remarque les mosaïques de l’abside et la chapelle de la Colonne. Il ajoute : « Je reverrai tout ça bien souvent, car il s’en dégage quelque chose de si bon ! »
Un autre jour il n’hésite pas, semble-t-il, à mettre les Primitifs au premier rang ; il mentionne sa visite à la bibliothèque du Vatican. « Que de trésors ! s’écrie-t-il. Je revois les Nozze Aldobvandini avec
1. On remarquera la délicatesse avec laquelle il confond ici sa personnalité avec celle de son frère.