‹ Hippolyte FlandrinChapitre 189 sur 211 · Journal de voyage, 19 février · texte numérisé non relu

Journal de voyage, 19 février

SECOND VOYAGE EN ITALIE

avec intelligence amenaient au jour un peu partout des richesses nouvelles1.

A côté des monuments de l’antiquité, ceux des premiers siècles du Christianisme revoyaient le jour. L’archéologie les expliquait. La science, la foi, la poésie, se réunissaient pour procurer à l’artiste chrétien de nouvelles émotions dont il était ravi.

Dès le 15 novembre, il avait été visiter les catacombes de Sainte- Agnès.

« Après avoir allumé chacun notre petite bougie, précédés par le guide et nous suivant à la file, (car il n’y a pas place pour deux de front), nous descendons un escalier de quarante-cinq marches et entrons dans les galeries, qui, dès les premiers pas, sont pleines de tombes superposées, pour toutes les tailles et tous les âges. Un sentiment religieux vous pénètre, lorsque sur chacun de ces lits funèbres, on remarque la poussière blanche qui n’est autre que la poussière humaine et dans laquelle se timrvent encore des débris ayant leur forme première. L’horreur naturelle que nous avons pour la mort, est ici tempérée et dominée même par l’idée religieuse que ce sont là nos ancêtres dans la foi, et que c’est la succession de leurs souffrances qui a apporté jusqu’à nous ce trésor ! On suit donc avec le plus vif intérêt la trace de leurs pas et de leurs usages religieux ; on remarque que, dans les peintures et les symboles qui ornent les oratoires ou la basilique, tout est doux et consolant.- Enfin nous sommes sincèrement touchés et il

1. Visite du 19 novembre au Forum, au Palatin, à M. Rosa et à ses fouilles ; visite du 29 novembre aux fouilles de Prima Porta , dans une ancienne maison de campagne de l’impératrice Livie. C’est là qu’a été trouvée « l’admirable statue d’Auguste », maintenant au Vatican.

me semble que sous cette influence on pourrait apprendre à bien vivre1. »

Huit jours après, le 22, fête de sainte Cécile, il visite les catacombes de Saint-Calixte. « Les tombes dans les murailles commencent immédiatement, comme à Sainte-Agnès; mais ici la qualité du tuf donne un autre aspect. Les galeries sont plus larges, plus hautes et prennent une forme plus architecturale. L’effet de ces grandes lignes éclairées de loin en loin par quelques lampes est saisissant. Assez près de l’entrée, nous pénétrons dans une chambre ou chapelle, dans laquelle se trouve la place où a longtëmps reposé le corps de sainte Cécile. Ce lit funèbre est couvert de fleurs et éclairé par quelques lumières qui languissent : c’est touchant. A côté un autel a été dressé, sur lequel on a dit plusieurs fois la messe. En ce moment un cardinal d’une noble figure pi ie, la tète appuyée sur sa main et sur l’autel : nous nous agenouillons derrière lui ainsi que plusieurs de nos bons petits soldats. Ce silence, cette ombre dans ce lieu provoquent une émotion, un recueillement vraiment religieux2. »

Une autre fois3, après une visite à la prison Mamertine et à la colonne où furent enchaînés saint Pierre et saint Paul, il fait cette réflexion : « Les traces de ces origines chrétiennes émeuvent profondément et je veux les étudier mieux que la première fois4. »

1. « En ressortant, nous voyons en contraste un spectacle qui fait encore bénir Dieu. Nous pouvons là faire des bouquets de roses et autres charmantes fleurs. La vue s’étend sur la campagne de Rome jusqu’au Soracte et aux montagnes de la Sabine. C’est admirable ! » (Lettre du 19 novembre 1863.)

Page 1