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Le Pie Jesu, l'absoute

élèves. Los deux derniers rappelèrent en pleurant les qualités personnelles de Flandrin, le charme de son commerce : « Il était impossible de le connaître sans l’aimer, » disait Louis Lamothe, et Ambroise Thomas parlait de cette « fascination qu’il exerçait sur tous ceux qui l’approchaient, la fascination de l’artiste et de l’homme de bien L »

Beulé, envisageant la perte que faisait en Flandrin l’École Française, appelait sa mort un deuil national.

« Hélas, disait-il, la peinture française, qui tenait le premier rang en Europe, traverse une phase redoutable. Elle a perdu coup sur coup Ary Scheiïer, Delaroche, Decamps, Horace Vernet, Delacroix : et Flandrin à son tour lui est ravi ! Flandrin, le plus jeune maître, mais non le moins influent; Flandrin que respectaient les partis les plus contraires; Flandrin, qui tenait d’une main aussi modeste que ferme le drapeau de l’art religieux; Flandrin, dont le talent

1. Il en citait une preuve touchante, en lisant une lettre qui lui avait été adressée, à lui Ambroise Thomas, par un pensionnaire, M. Bourgaux, compositeur. «Personne plus que moi, écrivait ce jeune homme, n’avait été touché de l’accueil ouvert et affectueux de M. Flandrin, de cette égalité si flatteuse avec laquelle il traitait les jeunes gens, les encourageant ainsi à la mériter. Si votre voix a la force de s’élever sur sa tombe, n'oubliez pas de dire que ceux qui l’ont connu seulement dans les derniers moments de sa vie, ne sont pas ceux qui le regrettent le moins ; proclamez h sa louange qu’il n’y a pas un jour où son cœur n’en ait gagné d’autres par les chauds effluves de son ardente bonté ; dites que plus d’un jeune artiste garde gravées dans sa mémoire les paroles bienfaisantes que lui suggéraient son inépuisable sympathie pour la jeunesse et son immense amour pour l’art. »> Et Ambroise Thomas ajoutait: « L’homme qui pouvait inspirer à une première rencontre de tels sentiments, quels regrets amers ne va-t-il pas laisser à ceux qui toute leur vie l’ont connu et l’ont aimé ! »

HOMMAGES RENDUS À SA MEMOIRE

sûr, toujours en progrès, s’élevant chaque année dans une sphère plus radieuse, n’avait donné que sa fleur et touchait à son plein épanouissement1. »

Quelques mois plus tard, dans une séance publique de l’Académie des Beaux-Arts2, Beulé rendait à la mémoire du défunt un hommage encore plus explicite. Ai >rès avoir retracé, en termes aussi éloquents que sympathiques, les grandes lignes de sa carrière, après avoir décrit avec poésie ses principales œuvres, il lui marquait sa place dans l’histoire de l’art français. « Issu de l’École lyonnaise, qui a produit des peintres éminents sous l’influence du sentiment chrétien, entouré de la pléiade d’artistes qui a fait refleurir la peinture sur les murs délaissés de nos églises, il représente dans Part du dix-neuvième siècle, avec plus d’austérité, le mouvement religieux q.uc le Génie du Christianisme et les Méditations poétiques représentent dans les lettres. 11 n’a atteint ni la mâle grandeur du Poussin, ni la profonde et pathétique tendresse de Lcsueur. Mais considérez l’étendue de ses œuvres, leur caractère, leur unité; comparez un labeur si grand et une ferveur si soutenue; comptez les églises qu'il a décorées et faites illustres, et vous 11e croirez être que justes en

1. Ce discours de Beulé abonde en mots exquis sur Flandrin: « Nous conserverons toujours présente cette figure douce, mélancolique, recueillie, qui paraissait appartenir à un homme d’un autre Age, soit à un néophyte chrétien peignant les catacombes, soit à un artiste du quinzième siècle décorant les chapelles ou les monastères avec une inépuisable ferveur... — Et dans quelle attitude inclinée et charmante ne s’est-il pas tenu jusqu’à sa dernière heure devant le maître qui l’avait formé ! » C’est dans l’éloge d’Ingres (14 décembre 1867) que Beulé a appelé Flandrin « un peintre chrétien nourri dans un sanctuaire grec ».

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