Le 19 novembre
appelant l’artiste qui a doté son pays d’une telle parure le peintre religieux de la France^ . »
Ces éloges n’étaient pas les premiers qui fussent décernés à sa mémoire. A peine la nouvelle de sa mort s’était-elle répandue1 2, qu’un prélat qui l’avait connu et qui appréciait la perte que faisait en lui l’art religieux, Msr Plantier, évoque de Nîmes, conçut la pensée pieuse et délicate de recommander aux prières de tous ses prêtres celui « qui avait fait de son génie un auxiliaire du sacerdoce et de l’art un grand apostolat ». — « Dieu, disait-il, qui de nos jours s’était réservé le talent d'Overbcck en Allemagne, avait aussi tout disposé pour se réserver celui d’il. Flandrin en France, afin qu’il fût démontré, au dix-neuvième siècle comme au seizième, sous le règne du rationalisme comme à l’apparition de la Réforme, que la foi sincère et un amour profond pour l’Eglise ne sont nullement incompatibles avec les hautes inspirations de l’art... On dira qu’il appartint à cette noble race de peintres, qui, partant de Cimabue et de Giotto, vient aboutir à Lesueur, l’immortel auteur de la Vie de saint Bruno ; et son œuvre... restera sur les murs de nos temples, non seulement comme un témoignage éclatant de son génie et de sa piété, mais comme une démonstration sublime et populaire de cette foi qui fut l’âme, le
1. Citant l'appréciation très flatteuse du peintre allemand Cornélius surl’œuvre de Flandrin à Saint-Vincent-de-Paul, Beulé disait: « Cornélius a jugé avec la sûreté d’un maître l'originalité de Flandrin, qui est la conciliation de la religion moderne avec l'art antique. >»
2. La lettre circulaire invitant le clergé du diocèse de Nîmes à prier pour l’àme d’H. Flandrin est datée du 26 mars 1864. La mort de l’artiste étant survenue le 21 mars, on voit que le prélat a écr jlaussitôt, sous le coup de l’émotion.
HOMMAGES RENDUS À SA MEMOIRE
ressort et la passion de sa vie trop tôt moissonnée1. »
Au milieu des regrets2 qui accompagnèrent la mort du grand artiste, une pensée se dégagea bientôt, ce fut d’élever un monument en son honneur. On convint de l’ériger dans l'église Saint-Germain-des- Prés elle-même, contre le mur du bas côté gauche, en face de la chaire. Bientôt les souscriptions affluèrent, émanant non seulement des amis de Flandrin, mais de ses admirateurs de toute classe. Ge n’était pas ce qu’il y avait de moins touchant dans les listes de souscription, que de voir se rapprocher les noms les plus illustres et les plus obscurs ; car, à la suite des notabilités de l’art, de la littérature, de la société, on pouvait relever des noms modestes, des initiales suivies d’une chétive offrande. De pauvres gens, modèles ou humbles travailleurs, prélevaient sur leur nécessaire pour témoigner leur souvenir ému et reconnaissant envers l'homme illustre
1. Rappelant encore les noms d’Orsel et du peintre Saint-Jean, tous deux Lyonnais comme Flandrin, il disait que « s’il était douloureux, pour la cité qui les a vus naître, d’avoir eu à pleurer presque coup sur coup la perte de ces hommes supérieurs, c’était du moins une consolation pour elle d’avoir vu ces nobles fils de sa foi défendre le catholicisme et l’honorer en Europe par l’apostolat de l’art, comme d’autres de ses enfants cherchent à propager l’Évangile, dans nos missions lointaines, par l’apostolat de la parole et du martyre. »
2. Ingres, à l’âge de quatre-vingt-quatre ans, avait la douleur, de survivre à l’élève bien-aimé « à qui, selon le mot de Beulé, il semblait devoir transmettre son pinceau comme les rois transmettent leur sceptre. » — « La mort, s’est trompée ! » s’était écrié le vieux maître en embrassant le frère d’Hippolyte. Un petit dessin de lui, daté du 8 avril 1864 et reproduit par V Autographe (27 avril 1864), représente une allégorie de circonstance : La mort elle-même regrettant le coup qu'elle vient de porter.
qui avait été avant tout, à l’instar du divin Maître, doux et humble de coeur1 * * * * * *.
Le monument d’Hippolyte Flandrin à Saint-Germain -des-Prés se compose d une niche en marbre blanc, encadrée dans un élégant motif d'architecture dù à Victor Baltard et renfermant le buste de l’artiste, sculpté parOudiné. Ainsi les mains de deux des plus chers amis du peintre s’étaient unies pour perpétuer son souvenir. Au-dessous on lit cette inscription :
A Hippolyte Flandrin Ses amis , ses élèves, ses admirateurs.
Lyon xxiii mars mdcccix. Rome xxi mars mdccclxiv.
Un monument d'un autre genre, mais plus précieux encore, pour la mémoire de l’artiste chrétien, c’est la publication que lit de ses lettres le comte Henri Delaborde, en 1865. C’était bien en effet le meilleur moyen de faire aimer Flandrin que d’ouvrir pour ainsi dire les trésors de son âme si pure et si