Même lettre
SÉJOUR EN ITALIE
vent je cause avec lui, et tout haut1. » Il reste uni avec les siens d’une manière supérieure, par la prière : « Souviens-toi, écrit-il encore à Paul, que tous les soirs nous sommes convenus de prier les uns pour les autres. C’est à quoi je ne manque jamais. Nous en sommes convenus aussi avec Lacuria : rappellelui. Je suis bien sûr que notre pauvre maman n’y manque guère ! Elle nous aime tant et elle est si loin de nous 2 ! »
Cependant ce mysticisme tendre et mélancolique, loin de détourner le jeune artiste du but de son voyage, se convertissait heureusement en résolutions de travail et de progrès. S’il n’apportait pas à l’étude des chefs-d’œuvre ce dilettantisme élégant et moqueur, qui sied mieux aux amateurs qu’aux artistes, il n’était pas moins éloigné de la banale complaisance des admirations convenues, qui fait partie du bagage de beaucoup de voyageurs ordinaires. 11 arrivait à Rome en pèlerin, en fidèle. Sa foi artistique, aussi sincère qu’ardente, était à elle seule une originalité. Ses premières visites aux fresques du Vatican semblent des entrevues avec un être surhumain. « Je peux dire que je m’attendais à du bien beau ; mais j’ai été encore bien étonné! Oh ! la Messe de Bolsène , V Ecole d'Athènes ! la Dispute et toutes les autres, mon Dieu3 ! »
<( La seconde fois que j’ai été les voir, j’étais seul : elles m’ont produit encore plus d’effet. Au moins quinze fois j’essayai de m’en aller et toujours leur beauté me rappelait ; mais enfin la fatigue me contraignit Û la retraite 4. »