Lettre du 13 février
SÉJOUR EN ITALIE
compositeur un rare talent de pianiste. C'était un charme que de l’entendre jouer, en particulier la musique allemande. Grâce à son ami, Flandrin, jusque-là étranger à cet art, apprenait à goûter le beau sous cette forme charmante, et selon son expression ce fut « une nouvelle porte ouverte aux sensations les plus délicieuses 1 ».
La première année du séjour de Flandrin à Rome fut marquée par un épisode tendre et gracieux, dont le souvenir est naïvement consigné dans son journal. En venant en Italie, il avait voyagé avec une excellente famille anglaise, dans laquelle se trouvaient deux jeunes filles, d’autant plus aimables qu’elles étaient plus simples et plus modestes. L’aînée, Mllc Elisa, avait vingt ans ; sa sœur, Mlle Marie- Louise, n’en avait que quinze. A Rome, la mère de famille, désirant pour ses enfants des leçons de dessin et de musique, avait trouvé tout naturel de faire venir chez elle Flandrin et Ambroise Thomas, qu’elle connaissait déjà et qu’elle avait pu apprécier. Ces deux jeunes gens étaient reçus avec une indépendance d’allures toute britannique, ou plutôt avec une confiance dont ils étaient bien dignes. On les traitait en amis et on les priait souvent de venir passer la soirée en famille ou d’accompagner ces dames le soir, dans des promenades pittoresques, au Colisée et dans les plus beaux sites de Rome. Cependant, de part et d’autre les cœurs étaient aussi jeunes qu’ils étaient purs, il était impossible qu’à leur insu même, cette intimité ne fît naître entre eux des sentiments réciproques et qu’il ne s’ébauchât une petite idylle.