Elle est aujourd’hui au musée de Saint-Étienne
SÉJOUR EN ITALIE
Auguste Flandrin était alors auprès d’Ingres, dont il avait voulu, lui aussi, recevoir les leçons. Il fut témoin de la première impression du maître, au moment meme où les Envois étaient déroulés et mis sur châssis, et, avec une franchise toute fraternelle, il la transmet à Hippolyte, impatient de la connaître. Cette petite scène montre à quel point Ingres était sensible aux critiques de ses adversaires.
« Je l’aborde assez gai. je lui vois garder un visage sévère, et, sans me répondre : « Vous avez vu ? » me dit-il. Je pâlis. « Je suis peu content. Venez voir et jugez. » Nous entrons. Je vois une figure charmante, d’un type admirable, modelée, lumineuse, etc., etc., mais un crêpe bien fin étendu sur tout cela. Il me demande mon avis. Tout en tremblant, je lui dis que je ne me sentais pas digne de juger cela, que seulement c’était peut-être un peu terne. « Ça manque de « force, a-t-il dit. L’on dirait que votre frère dort « ou qu’il a sommeil. 11 est jeune, il doit penser que « c’est décisif. C’est son entrée dans le monde. Je « suis loin de dire que ce soit dans une mauvaise « route : tant s’en faut ! Mais, vous le voyez, on va « me tomber dessus ; car il y a là tout ce qu’on peut « me reprocher. » Puis, avec une humilité qui me faisait mal, il a parlé du Plafond1 , m’a dit qu’une peinture de décoration et tout aérienne faisait pardonner cela, tandis qu’une seule figure, etc., etc... Alors, voyant ma peine à analyser tout cela : « C’est charmant, c’est individuel, c’est bien la nature du modèle, mais la rondeur, que je lui avais tant demandée ? Car il y a...» Il hésitait, je le prévins: « Il y a toutes les qualités qu’ils ne comprennent