mars
SÉJOUR EN ITALIE
train, et il avoue que, malgré son admiration pour les qualités supérieures de l’ensemble, « certaines choses l’avaient étonné. » — « Je trouvais qu’elles ne coïncidaient pas avec l’enseignement sublime de l’atelier. » <c Cependant j’espérais m’en apercevoir tout seul, j’aurais voulu me faire illusion et j’espérais qu’en reprenant ces choses, il les changerait. Mais l’impression que vous me dites que ça a produit sur l’atelier, m'a vivement chagriné. Rien ne pouvait m’être plus sensible. » Puis il rejette sur les circonstances les étrangetés du Saint Symphorien. « Cependant, après y avoir bien pensé, je demeure convaincu que les principes de M. Ingres sont réellement ceux avec lesquels il nous a élevés. S’il en est sorti, je crois qu’il faut l’attribuer à l’état violent où il est. Toujours critiqué depuis vingt-cinq ans, il a voulu répondre à ses ennemis et aura quelquefois manqué de ce calme qui donne à une œuvre un caractère de vérité et de conviction profonde. Oui, certainement, ce sont ses véritables pensées, jcar voyez sa joie lorsqu’il les exprime ! Il répand son âme, pour ainsi dire, chaque parole exprime et touche. » Et Flandrin, comme s’il éprouvait le besoin de retremper ses convictions par une nouvelle profession de foi, ajoutait :
« Je crois tout à fait suivre la même voie que M. Ingres, lorsque je proteste de mon amour pour cet admirable principe que la nature est mère de toute beauté, de toute originalité et que nous devons la suivre comme des enfants soumis et pleins de confiance. C’est là tout notre symbole, je crois, et c’est d'après lui que je voudrais marcher b »
1. Lettre du 4 mai 1834, citée par M. Tisseur dans la Revue du Lyonnais, 6e volume, 1888, p. 59.
Quelques semaines plus tard, dans une lettre à son frère, il glissait une feuille volante, contenant une allusion à ce sujet brûlant.
« Ainsi donc, écrivait-il, je considère comme toujours debout et toujours solide l’admirable édifice qu’il a élevé par ses œuvres et son enseignement. 11 m’a convaincu et, dussé-je voir tout le monde douter et l’abandonner, j’irais toujours, car je retrouve le cachet de ses idées dans tout ce qui est vrai et beau. On trouvera peut-être que je parle de ton bien tranchant ; mais cependant il me semble que je peux dire tout cela. Je sens aussi combien on est faible et avec quelle facilité le doute fait mourir les meilleures choses. C’est pourquoi il me semble utile de réveiller quelquefois ses croyances et, en les déclarant, puiser en elles une nouvelle force h »
Cependant, l’auteur du Saint Symphorien , poussé à bout par les critiques dirigées contre lui, voulait se réfugier en It^die. 11 avait demandé et allait obtenir la succè s torace Vernet, comme directeur
de l’Académie* . t>\ Atce , à Rome.
Flandrin, qui, apr^s un an de séparation, avait eu la joie d’ètre rejoint à Rome par son frère Paul, allait donc aussi voir son maître dans cette ville, où il s’était d’abord trouvé si isolé. Mais son avantage personnel ne pouvait l’aveugler sur les intérêts de l’art. Ingres aurait dû rester. Quitter Paris, c’était s’avouer en quelque sorte vaincu, c’était laisser sans conseils une foule de jeunes gens qui s’étaient confiés à lui, c’était abandonner une situation unique1 2,