‹ Hippolyte FlandrinChapitre 40 sur 211 · mai · texte numérisé non relu

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SÉJOUR EN ITALIE

sentit une amélioration durable, mais il avait à peu près perdu sept mois. 11 avait dû renoncer a une copie d’après Raphaël, entreprise à la demande d’Ingres. C’est tout au plus si, en s’y reprenant à plusieurs fois, il avait pu mener à bonne fin l’exécution d'une simple figure de grandeur naturelle.

Cette étude, qu’il intitula plus tard Le Berger , représente un jeune homme nu, assis au pied d’un arbre. « Ce n’est pas un sujet, écrivait-il à Lacuria, cependant j’avais une idée avant de commencer, j’entrevoyais quelques chose de beau... Dans son expression, sa pose et le paysage qui sert de fond, je voulais exprimer un calme, une paix parfaite1. »

Aussitôt que l’amélioration survenue dans l’état de ses yeux le lui avait permis, il avait entrepris une œuvre beaucoup plus considérable, inspirée de Dante. Le choix de ce sujet était un acte d’indépendance qui, dénaturé, avait sans doute donné lieu au bruit rapporté plus haut. L’artiste écrivait lui-même à propos de son tableau : « Je crains bien que M. Ingres ne l’approuve pas ; mais maintenant, c’est déjà avancé et je n’ai qu’à faire de mon mieux2. »

La scène représente Dante visitant le cercle des Envieux. Dans une gorge sauvage, le long d’un étroit sentier au bord d'un précipice, sont rangés ces malheureux, qui ont perdu l’usage de leurs yeux autrefois si clairvoyants pour le mal. Le poète leur a cousu les paupières avec un fil de fer. Le peintre nous les montre seulement aveugles, appesantis par un sommeil étrange et languissamment appuyés les

1. Lettre du 22 juillet 1834, publiée par M. Tisseur, Revue du Lyonnais , VI, 1888, p. 62.

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