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Ingres les appelait familièrement mes amoureuses

SÉJOUR EN ITALIE

avait auprès de lui son maître vénéré, son frère Paul et pour amis des hommes aussi distingués par le cœur que par le talent, dont les noms étaient Ambroise Thomas, Victor Baltard, Eugène Oudiné, Charles Simart, Ernest Boulanger, Charles Famin, qui resta toujours pour Flandrin et sa famille un ami dévoué et qui est aujourd’hui le seul survivant de toute cette pléiade d’artistes1. Ajoutons à ces noms de pensionnaires de la Villa ceux des élèves d’Ingres, qui, comme les frères Bnlze et Alexandre Desgoffe, avaient suivi leur maître en Italie.

Les journées, fort laborieuses, paraissaient cour-

1. Le lecteur nous saura gré de citer ici le témoignage de ce vénérable doyen de nos artistes, dont la ville de Chartres célébrait le centenaire le 18 février 1909. A l’occasion de cette deuxième édition, M. Charles Famin a bien voulu nous écrire les lignes suivantes :

« Mon cher ami,

« ... Tout ce qui me rappelle la Villa Médicis en général et votre oncle en particulier, m’est bien précieux : à mon âge on ne vit pas du présent, mais du passé. Vous avez bien raison de parler de la respectueuse affection que nous lui portions tous. L’Institut qui, à cette époque, comptait bon nombre de médiocrités jalouses et hostiles à M. Ingres et à son élève, mettait dans son rapport sur les Envois des critiques assez violentes de YEnuoi de Flandrin et ajoutait : que M. Flandrin regarde YEnvoi de son camarade Jourdy, qui a parfaitement traité un sujet analogue. Or Jourdy n’allait pas à la cheville de votre oncle, et c'était justement lui qui nous lisait le rapport. Après avoir lu ce passage, une honnête colère le saisit : sans terminer le rapport, il le jeta parterre et le foula aux pieds.

« Vous savez combien Hippolyte était pieux. Le premier Vendredi saint que je passai à l’Académie, on nous servit bœuf et poulet et je remarquai qu’Hippolyte avait été dîner dehors pour faire maigre. J’en fis l’observation aux camarades, en leur disant : Vous voyez qu’Hippolyte n’est pas venu pour ne pas faire gras le Vendredi saint : ne serait-il pas plus convenable de faire maigre, une fois par an ? ce qui fut voté à l’unanimité.... »

tes. Le travail était d’ailleurs coupé par des repos variés, amicales et joyeuses conversations, parties de disque dans les allées droites et longues de la Villa, promenades au Pincio et autres lieux. Souvent, le soir, on se réunissait chez le directeur. Aux brillantes fêtes mondaines données par Horace Vernet avaient succédé, avec M. et Mme Ingres, des réunions toutes simples et intimes. On y faisait beaucoup de musique, Ambroise Thomas se mettait au piano. Ingres prenait souvent son violon ; mais jamais il ne montrait pour son talent d’amateur 1 cette infatuation ridicule dont la légende traîne partout. Son enthousiasme débordant pour les maîtres qu’il interprétait, aura fait illusion sur ce point à quelque observateur superficiel. Il traitait les pensionnaires comme ses enfants. Le 31 décembre à minuit, il proclamait la nouvelle année et donnait le signal d’une embrassade générale.

Le dessin tenait naturellement sa place dans ces petites soirées. Les frères Flandrin faisaient à la plume, sous forme de charges plaisantes, la chronique de la vie des pensionnaires. Ingres, tout le premier, s’amusait de ces joyeuses improvisations, il les recueillait pieusement et les collait de sa main sur un album spécial.

1. « Je suppose, nous écrit encore M. Famin, que lorsque vous parlerez de M. Ingres, vous corrigerez quelques fausses légendes sur son amour pour la musique et sur ce que l’on a appelé son exclusivisme. Je puis vous en citer un exemple qui m'est personnel et prouve que, s’il était sévère sur le but de l’art, il ne rendait pas moins justice aux chefs-d'œuvre qui n’étaient pas dans sa voie. Il était venu me voir et, en s’en allant, aperçut des gravures des Sibylles de Michel-Ange collées au mur. « Vous aimez cela ? me dit-il. — Dame 1 oui, monsieur. — Hum ! « sublime démon, va 1 » Vous voyez que, s’il désapprouvait les tendances, il reconnaissait le génie. »

SÉJOUR EN ITALIE

De temps en temps on s’en allait en excursion aux environs de Rome, à Tivoli, à Subiaco, à Albano. Ces promenades par bandes, quelquefois sur des mules peu dociles, présentaient souvent des incidents comiques. Les impressions artistiques ne manquaient pas non plus. Flandrin avait une prédilection pour le val de l’Ariccia et le lac de Nemi. La poésie de ces admirables sites produisait chez lui une sorte de ravissement. Il écrivait un jour, au retour d’une excursion de ce côté : « Jamais je n’ai vu la nature plus calme et plus heureuse. La lumière du soleil était douce, des vapeurs formaient au ciel de longues lignes blanches et dorées ; la mer était bleue. Du milieu des champs de grandes fumées se laissaient doucement pousser par le vent et contrastaient bien heureusement avec les feuillages jaunis de la plupart des arbres. Mais ce qui surtout nous réjouissait le cœur, c’étaient les voix des jeunes filles, qui s’élevaient et de loin en loin se répondaient. On faisait la cueillette des olives. Montées sur de longues échelles, au haut des arbres, au fond du vallon, partout, elles faisaient retentir l’air de ces chansons dont la monotonie et la naïveté ont un grand charme 1 . »

Bien que retenu le plus souvent à Rome, Flandrin profita de son séjour pour visiter les principales villes de fltalie, tant au nord qu’au sud. Il lit un voyage en Lombardie et à Venise, un autre à Naples, plusieurs en Toscane.

Dès son arrivée en Italie, il avait été séduit par Florence. En 1835, il retourna en Toscane, voyageant à pied, en artiste, et s’arrêtant aux bons endroits, pour dessiner. Cette tournée, qui dura deux mois,

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