Lettre à Auguste Flandrin, 24 août
gondole tendue de noir qui glisse et d’où ne sort d’autre bruit que le cri mélancolique du gondolier pour avertir celui qui pourrait arriver d'un autre canal, c'est triste, mais cette tristesse a un charme. »
11 y reste dix jours, toujours admirant. « Nous ne pouvons nous lasser d’aller de la piazza dans Saint- Marc et de Saint-Marc à la picizzetta. .. » En partant, il adresse à cette ville étrange un tendre adieu : « Addio , Venezia mia bel la 1 / »
Repassant à Padoue, il « dévore » les Titiens, les Mantegnas, mais surtout les Giottos de Santa Maria neli arena. « Quel bijou que cette chapelle î quelle blonde et douce harmonie 2 ! » — « Giotto ne s'est jamais élevé plus haut pour la force de l'expression et la beauté du style. »
A Mantoue, les compositions de Jules Romain au palais du Té lui réservent une grande émotion artistique. Le disciple de Raphaël lui apparaît là « grand comme les antiques ». — « Il a toute leur grâce, toute leur souplesse. Oh ! que n’ai-je pu emporter, dessiner tout cela ! Quelle leçon, si on pouvait de cela garder une impression bien durable ou plutôt une mémoire fidèle ! »
En repassant à Florence, Flandrin, qui voyait cette ville pour la quatrième fois, semble plus ravi que jamais. « Nous allons à la galerie des Qffices et c’est heureusement un des jours où la peinture me touche. J'éprouve, à revoir tout cela, une joie indicible. Raphaël ! Oh ! Raphaël ! Après une ou deux heures de repos, nous allons au Palais Pitti (la Madona alla Seggiola , l’autre Madone au voile bleu, le por-