Lettre à Eug. Roger, 11 octobre
SÉJOUR EN ITALIE
trait de Léon X, la vision d’Ezéchiel). Oh ! là nous ne pouvons plus nous lasser de voir et de revoir. Un gardien, frappé de cela, vient nous ouvrir le cadre vitré qui recouvre cette merveille et nous la montre dans tout son éclat. Pour la première fois nous voyons la Madone du grand duc : c’est la beauté et la pureté memes. Nous en sortons, ne pouvant plus suffire à admirer1. »
Flandrin devait encore repasser une fois à Florence, en 1838, pour montrer cette chère ville à son frère Auguste, qui était venu le rejoindre.
Naples ne produisit pas, tant s’en faut, sur notre artiste une impression semblable, malgré l’enchantement de son golfe et les richesses de son musée, malgré le voisinage du Vésuve, d’Herculanum et de Pompéi. Il ne se sentit pas ému et pris comme il l’avait été ailleurs. La nature était sans doute magnifique, les souvenirs de l’antiquité imposants, mais la ville meme lui paraissait sans caractère. 11 n’y trouvait pas les traces d’un grand artiste qui parlât à son cœur, ni Raphaël ni Giotto. Peut-être était-il encore sous le charme de Rome, qu’il venait de quitter pour retourner en France et qu’il regrettait toujours.
Il s’était attaché à cette ville avec une force étrange. Déjà en 1830, il parlait ainsi à Lacuria de son amour pour Rome. « Oh ! voyez-vous, c’est inexprimable. J’aime bien la France, elle qui a mes parents, mes amis ; sans doute je l'aime bien mieux. Oh ! c’est certain ! Mais quand je pense à quitter ici, ça me pince le cœur. Quand, de ma fenêtre seulement, je vois cette belle plaine, puis cette belle chaîne de la Sabine, ces belles montagnes avec leurs vieux noms, leurs noms