‹ Hippolyte FlandrinChapitre 53 sur 211 · Journal d’H. Flandrin · texte numérisé non relu

Journal d’H. Flandrin

IIIPPOLYTE FLANDRIN

antiques, plus près de moi notre beau jardin et enfin le délicieux palais dont j’habite une aile : quand je vois tout cela dune seule de mes fenêtres et que, me retournant de l’autre côté, je vois et domine toute la ville, avec la ligne de la mer pour horizon, oh ! voyezvous quand je pense qu’il faudra laisser, quitter tout cela, ça me fait mal L »

Aussi quel chagrin, quand le dernier jour arriva ! C’était le !\ juin 1838. La veille au soir, malgré les efforts que l’on avait faits, le salon du directeur s’était trouvé triste. Ingres, gêné par la présence de quelques étrangers, avait entraîné le jeune peintre dans l’embrasure d’une fenêtre ; là, tout entiers à la pensée de la séparation, maître et élève étaient restés longtemps silencieux.

Le lendemain matin, vingt-trois pensionnaires accompagnaient Flandrin jusqu’à la voiture qui devait l’emmener.

« J’ai eu assez de courage le long du chemin ; mais lorsque la voiture paraît et que décidément il faut quitter, les larmes me suffoquent et je ne peux plus les retenir... Je les embrasse tous, entre dans la voiture et leur tends encore la main : presque tous la prennent à la fois. Enfin on roule et le dernier adieu se donne de la main et du chapeau1 2. »

Hélas ! à son retour en France, Flandrin ne devait pas goûter la consolation de revoir son père. L’excellent homme s’était éteint, le 2 janvier 1838, entre sa femme et son fils aîné, en bénissant les chers absents. Et cette mort fut pour ceux-ci d’autant plus cruelle qu’ils étaient plus près de leur retour, et

1. 24 mars 1836. La répétition inconsciente du mot beau dans ce passage trahit les préoccupations de l’artiste.

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