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Journal d’H. Flandrin

SÉJOUR EN ITALIE

qu’aux termes mêmes du règlement, la pension d’Hippolyte Flandrin avait pris fin le 31 décembre

Le jeune artiste avait l’impression que son père lui échappait au moment même où il allait l’embrasser. Il se reprochait sa trop longue absence. Il appelait temps perdu, le temps passé loin des siens sans pouvoir les aider. Scrupules injustes d’une conscience délicate ! Quoi qu’il en pût dire dans l’excès de sa douleur, il n’avait pas perdu son temps à Rome. Il en rapportait un talent tout armé, une âme plus ouverte que jamais aux impressions artistiques.

RETOUR DE ROME. PREMIERS TRAVAUX DE FLANDRIN

A Rome, pendant cinq années, Flandrin avait travaillé sans préoccupation matérielle, dans la compagnie d’artistes qui étaient pour lui autant d’amis. A Paris, il se trouvait aux prises avec les difficultés de la vie pratique, il lui fallait se faire une place, fendre la foule des talents et s’imposer à l'attention de ceux qui distribuent les commandes, lutte violente dont on ne peut sortir sans quelque meurtrissure. Bien que Flandrin se trouvât, en somme, dans une position privilégiée et que, par la suite, sa destinée ne lui ait pas fourni beaucoup de sujets de plaintes, le premier choc fut assez rude.

Ah ! sans doute, il était trempé par les épreuves de sa première jeunesse. Pour avoir confiance dans l’avenir, il lui sufiisait de se rappeler le passé. Mais, plus avancé dans la vie, il avait, malgré sa modestie, pris conscience de sa valeur et devait ressentir plus vivement les déceptions et les découragements de la première heure.

RETOUR DE ROME. PREMIERS TRAVAUX DE FLANDRIN #1

Heureusement, il trouvait à Paris, pour le réconforter, son cher Ambroise Thomas, et, pour le conseiller, Edouard Gatteaux. Le premier lui donna l’hospitalité, ainsi qu’à Paul, pendant plusieurs semaines. Le second, ami d’Ingres, artiste distingué, sculpteur et graveur en médailles, fut pour lui d'un secours inappréciable. Ilomme de goût, il ne se contentait pas d’amasser cette magnifique collection qui a enrichi le Louvre, il savait distinguer les hommes de mérite.

Son influence sur le Conseil municipal, dont il faisait partie, la haute estime dans laquelle il était tenu par le préfet de la Seine, M. de Rambuteau, lui permettaient d’attirer l’attention de l’administration sur ceux qu’il en jugeait dignes et de jouer un rôle important dans le monde des arts. Hippolyte Flandrin lui dut beaucoup, comme il l’a toujours proclamé ; nous sommes heureux nous-même de le répéter après lui1.

1. Voici en effet en quels termes, plus tard, en 1843, Flandrin désignait à sa mère Edouard Gatteaux : « M. Gatteaux est l’ami intime deM. Ingres, artiste distingué et membre du Conseil municipal de Paris. Sa belle fortune, son talent et surtout sa réputation d’honnête homme ont donné à son nom une influence dont il ne se sert que pour faire le bien. Quant à moi je lui dois mes travaux de Saint-Séverin et de Saint-Germain des Prés, je m’en souviendrai toujours. » 25 février 1843.

Un homme, qui était lui-même un artiste et un collectionneur du meilleur goût, Charles Timbal, rendait ainsi hommage à Edouard Gatteaux, en 1874 :

« C-’est à lui certainement que l’on doit faire remonter, pour la plus grande part, l’honneur d’avoir relevé le niveau des arts dans Paris. M. Gatteaux comptait parmi les membres les plus autorisés de la Commission (des Beaux-Arts), et M. de Rambuteau aimait à le consulter. Artiste de talent, possesseur d’une belle fortune, dont il faisait le plus intelligent usage, il avait promis à tous les élèves d’Ingres l’intérêt, presque la même amitié qu’il portait à l’illustre peintre. Tous ceux qui revenaient de Rome sous la garantie du directeur, étaient très

Les premiers soucis de Flandrin lui vinrent de son tableau ^ Jésus et les enfants , qui devait être exposé à l'Ecole des Beaux-Arts avec les Envois de 1838. Cette exposition n’eut lieu que le 20 octobre, et Flandrin, venu à Paris dès le mois de septembre pour surveiller le déballage de son œuvre, perdit un mois à l’attendre. Il souffrit de ce retard et de ceux que forcément son installation allait entraîner.

« Je serai encore deux mois sans rien faire, j’en suis sûr et vraiment ça me tue : l’ennui me prend. Je suis comme quelqu’un qui a faim, mais si on me fait trop attendre, la faim peut me passer1. »

Il est vrai que l’exposition de son œuvre valut à Flandrin des témoignages particulièrement flatteurs. Le célèbre Ary Scheffer, alors dans tout l’éclat de sa gloire, s’arrêta devant son tableau, puis, s’approchant de l’auteur, il lui fit compliment et ajouta d’un ton ému : « On ne m’a rien appris. Que n’ai-je étudié auprès d’un maître comme le vôtre ! » Rien ne pouvait être plus doux au cœur de Flandrin qu’un pareil témoignage, qui s’adressait à ses doctrines plus encore qu’à son talent.

Mais qu’allait-on faire de ce tableau, que le Ministère venait d'acheter, à un prix très peu élevé, il est vrai 2 ? On n’en savait rien. Il fut question de l’envoyer à Fécamp : on se demande pourquoi. Guizot le voulait pour sa bonne ville de Lisieux.

bien reçus chez lui, et dans son cœur il se vouait à eux sans ostentation et sans exigences. »

Ch. Timbal. Notice sur V. Baltard, dans Notes et causeries sur l'art et les artistes, p. 501.

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