Il avait alors quarante -neuf ans
Flandrin la permission de peindre, dont il était cependant très avare. Quelques semaines plus tard, le jeune artiste s’écriait dans une de ses lettres : « Nous sommes si bien chez M. Ingres ! Il a tant de bonté, tant de soin de ses élèves, que nous serions bien malheureux si nous ne pouvions pas faire des progrès chez lui F »
Nous verrons dans le chapitre suivant comment Flandrin travaillait à l’atelier d’Ingres. Ici, nous voulons seulement rappeler en quelques mots1 2 quelle était la vie du jeune artiste à Paris, par quelles privations et par quelles épreuves il dut passer.
Voici d'abord un petit horaire qui a son éloquence : « Levés à cinq heures, nous allons sentir le bon air au Luxembourg, qui n’est pas loin. A six heures, au travail ! Nous dessinons le modèle. A huit ou neuf heures, nous déjeunons. Le pain n’a jamais été si cher à Paris qu’il l’est à présent. Ensuite, nous travaillons jusqu’à six heures, que nous allons dîner3. »
Vu la cherté des vivres, le déjeuner s’élevait à cinq sous par tête : il consistait en un peu de charcuterie ou de mélasse sur du pain. Le dîner, luxueux en comparaison, revenait à quinze sous. « Nous mangeons dans un restaurant très propre, où nous ne mangeons que les choses les plus simples et les plus naturelles 4. » Certains jours, le repas était encore plus économique. Il y avait une marchande de pommes de terre frites sur le terre-plein du Pont-