‹ Hippolyte FlandrinChapitre 60 sur 211 · En · texte numérisé non relu

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Ltî maître fit au nouvel arrivant le meilleur accueil, mais il s’agissait pour le jeune artiste de recommencer son éducation, d’oublier ce qu’il savait, de se déprendre de ses habitudes et même de cette habileté un peu factice que tant d’autres eussent enviée. Après l’ardeur des premiers jours, surgirent des difficultés pénibles. Le nouvel élève, déconcerté par l’originalité de l’enseignement d’Ingres, tombait dans les hésitations et la tristesse. Alors, de Rome, llippolyte s’efforçait de remonter le moral de son frère et, puisqu’aussi bien les rôle étaient intervertis entre eux, il citait son propre exemple, dans une lettre qui contient sur lui-même des confidences curieuses et dont nous avons déjà, dans un autre chapitre, cité quelques lignes.

« Mon cher Auguste, le découragement que tu me dépeins dans ta lettre me fait peine, parce que je sais combien cet état est cruel, mais je suis de l'avis de Paul : je crois qu’il annonce des progrès. Tu viens à connaître tes défauts, tu sais ce qu’il faut rejeter et ce qu’il faut acquérir, c’est déjà un grand pas. J’apprends avec plaisir que ta santé est meilleure et que tu vas redoubler d’efforts ; mais tu ajoutes : pourquoi faire? Oh ! ne dis pas cela, tu me rendrais malheureux. Conçois-tu le bonheur d’étudier la nature et de parler avec cette langue vérité et justice ? car cette étude est pleine de leçons utdes aux hommes. Raphaël, qui parle d’après elle, est aussi grand philosophe que grand peintre. M. Ingres nous montre la route, tâchons d’y marcher et nous serons heureux. Mais toujours je te répéterai : courage ! car je sais combien il en faut. Les six premiers mois que j’ai passés à Paris, j’étais horriblement malheureux ; puis, une lueur, quelque chose que je com-

pris, me rendit un peu d'espoir, pour retomber encore et puis pour me relever ; car on ne marche que par bonds. Lorsque tu seras triste et abattu, pense à moi: j’ai bien souffert et pourtant j’ai persévéré, ïmite-moi en cela et je me rends garant de tes progrès. Prescris-toi donc de ne jamais passer un jour sans faire un croquis ou les quatre lignes d’une figure. C'est un engagement que je viens de prendre avec moi-mème et que je crois salutaire1. »

Cependant Paul, qui, depuis un an, travaillait à Paris seul avec Auguste, va rejoindre llippolyte à Rome. Que fera l’aîné des trois frères ? Restera-t-il à Paris, partira-t-il pour P Italie ou reviendrat-il simplement à Lyon ? 11 hésite et consulte Hippolyte, qui l’engage à rester encore six mois auprès d’Ingres, puis à couronner ses études par une visite à Rome. Auguste suit docilement la première partie de ce conseil. Il continue à profiter des leçons d’Ingres. Il est même entre le maître et son ancien élève un précieux intermédiaire. Il transmet à son frère les paroles et les impressions d’Ingres, notamment sur les envois de Rome.

Mais quand arrive le mois d’octobre, Auguste, au lieu de partir pour l’Italie, s’attarde à Lyon et parle d’ajourner son voyage à six mois.

Ilippolyte, qui connaît son frère, voit avec crainte ces atermoiements. C’est qu’Auguste ne faisait pas toujours le meilleur emploi de son temps. Il aimait à s’amuser et sa vie n’était pas aussi rangée que celle de ses frères. D’ailleurs son cœur était d’or : on ne peut en rêver un plus tendre pour sa mère, plus dévoué aux siens, plus ardent pour l’art et les nobles

. Rome, 12 mars 1833.

causes. Soutenu par la présence d’ Hippolyte, Auguste aurait déployé librement les riches qualités dont il était doué; mais, livré à lui-même, il n’était pas assez armé contre les distractions diverses qui venaient l’assaillir et lui prendre son temps. Aussi Hippolyte, chez lequel la supériorité du caractère doublait celle du talent, pressait-il son frère de partir, comme il en était convenu.

« Mon cher Auguste, ta tristesse me va au cœur. Nous voudrions te consoler ; mais, de si loin, que peut-on ? presque rien î et c’est pourquoi, plus j’y pense, plus je trouve qu’il est malheureux que nous restions ainsi séparés encore six mois. Et, vois-tu, ces six mois mèneront plus loin, j’en suis sûr !. »

Il ne se trompait pas. Plus d’un an après, il en était encore à écrire à son frère :

« Mon cher Auguste, comme tu nous laisses ! 11 me vient bien souvent l’envie de te dire mille choses mordantes, de t’accabler d'invectives et de reproches ; mais, lorsque je me figure être en face de toi, au lieu de tout cela, je ne sens plus que le bien vif désir de t’embrasser et je vois bien que je ne suis si furieux contre toi, que parce que je t’aime tant. J’avais bien promis de ne pas t’écrire de longtemps ; mais non, comme à l’ordinaire, je cède et ne peux voir partir notre Comairas1 2 sans lui donner quelques mots pour toi.

<c Mais que diable fais-tu là-bas ? Il ne te vient pas l'idée de prendre un jour le bateau à vapeur ? Quand ce ne serait que pour voir ce beau pays, le Vatican et

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