‹ Hippolyte FlandrinChapitre 61 sur 211 · octobre · texte numérisé non relu

octobre

2. Jeune artiste, élève d’Ingres, qui avait été envoyé en Italie pour faire une copie d’après un tableau de Sébastien del Piombo.

IIIPPOLYTE FLANDRIN

M. Ingres, nous en jouirions, nous autres et tu pourrais t’en retourner lorsque tu serais las, au bout de deux mois si tu veux. Mais, au moins, viens voir et ne fais pas comme pour Paris : ne choisis pas juste le moment où je viens de partir1. »

Ce malheureux projet de voyage ! il en était question sans cesse et quand, après de longues négociations, il était sur le point de se réaliser, un obstacle imprévu surgissait pour tout empêcher. Ainsi Auguste s’était promis de ne pas laisser passer l’année 1836 sans rejoindre ses frères, il s’était même lixé la date du 15 juillet ; mais le jour de la Saint-Jean, son père eut une attaque de paralysie. Bien que le mal, soigné à temps, ait pu être enrayé, un bon fils ne pouvait songer à partir en ce moment. Plus tard, ce fut l’apparition du choléra à Ancône qui vint s’opposer au départ et l’année suivante les mêmes raisons retinrent encore Auguste à Lyon.

Sa présence était loin d’y être inutile. Ses parents se fussent trouvés bien seuls, s'il s’était éloigné ; en se tenant ainsi au chevet de la vieillesse et de la maladie, Auguste remplissait une mission de dévouement et de sacrifice qui lui fait honneur. D’autre part, il profitait de son séjour à Lyon pour prendre en mains les intérêts de ses frères. C’est grâce à lui que les tableaux de Dante etd 9 Euripide furent exposés dans la ville et achetés pour le musée.

Dans les pénibles moments qui précédèrent la mort de son père, Auguste profondément ému était à son poste et remplit tous les devoirs de la piété filiale. Les dernières paroles du vieillard furent pour reconnaître tant de tendresse.

l. 13 décembre 1835.

Cependant le spectacle de la mort et les émotions qui l’accompagnent produisirent dans Pâme d’Auguste une révolution, qu’il ne cacha pas à ses frères. Agenouillé au pied du lit où reposait un être si cher, il ne pleura pas seulement, il pria et, faisant un retour sur lui-meme, il prit des résolutions généreuses.

« Oh ! mes amis, que vous êtes heureux d’avoir été toujours religieux ! mais, croyez-le, le plus fort est fait et j’y reviens. Priez pour votre frère, il ne voit plus de bonheur qu’en cela... Vous n'avez pas vu et vous ne souffrirez pas comme moi, mais c’est en éprouvant cela qu’on voit clair sur cette vie... Aussi croyez que mes idées ont bien changé1. » Dans une autre lettre, s’adressant à Hippolyte qu’il prenait désormais pour modèle, il lui disait avec une modestie touchante :

« N’est-ce pas que tu me dirigeras ? Car je suis ton plus véritable admirateur et je te promets un élève bien humble et bien résigné2. »

Nous avons vu ailleurs que le voyage d’Auguste, si longtemps différé, s’accomplit à l’extrême fin du séjour d’Hippolyte en Italie. Il réunit pour quelques semaines les trois frères, mais le retour en France fut le signal d’une séparation nouvelle.

Auguste, restant à Lyon, devait veiller sur sa mère, la soigner, la « conserver », comme on disait. Il était chargé de lui témoigner la tendresse de ses frères absents. Il était convenu que chaque matin il devait l’embrasser pour eux. On lui rappelait la commission de temps en temps, au besoin on lui recommandait de s’en acquitter deux fois 3 ».

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