‹ Hippolyte FlandrinChapitre 66 sur 211 · septembre · texte numérisé non relu

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frères exigeaient qu'il exposât au Salon. Chaque année donc ses tableaux venaient à Paris et figuraient à côté des œuvres d' Hippolyte et de Paul. Mais, pour en arriver là, que de sollicitudes s’imposaient à Hippolyte, depuis le choix du sujet jusqu'au vernissage ! Auguste consultait son frère sur son esquisse, il le mettait à réquisition pour tel renseignement, telle étude dont il avait besoin. Surtout il menaçait de n’ètre pas prêt à temps. Mais Hippolyte tenait bon : il fallait que le tableau parût. Enfin la caisse impatiemment attendue arrivait et, avant d'affronter les critiques du public, l’œuvre d’Auguste venait se soumettre avec confiance au jugement d’Hippolyte et s’abandonner à ses bons soins.

« C’est hier soir, à la nuit, que nous avons reçu tes tableaux, ( tous arrivés en bonne santé). Tu dois juger quelle devait être notre impatience en les déballant. Mais j’aurais bien voulu que tu fusses témoin de notre joie, en reconnaissant une foule de charmantes choses. Oh ! nous t’aurions embrassé de bien bon cœur ! Ce matin, avant qu’il fît bien jour, nous étions déjà devant, et, comme tu nous l’as permis, nous avons frotté, glacé, éteint, élargi quelques petites choses : ce que tu aurais très bien fait, si tu avais eu seulement huit jours de repos. Il fallait voir la joie de Louis, qui tournait, sautait, venait et était enchanté de nous voir aussi joyeux que lui1. »

Ce n’était pas une sinécure pour Hippolyte de faire face aux multiples commissions que son frère lui confiait. Il lui fallait par exemple commander toiles et cadres pour Lyon et relancer dix fois les fournisseurs en retard. Il lui fallait encore trans-

mettre à l’auteur des propositions de vente et négocier en son nom les conditions. Encore si les instructions de l’intéressé avaient été précises ! Mais celuici toujours à court de temps, parce qu’il se laissait toujours mettre en retard, s’en remettait trop volontiers aux bons soins d’Hippolyte et montrait pour les détails de la vie pratique une insouciance de grand seigneur. L’éditeur Curmer ayant voulu lui acheter un tableau pour le faire graver, la lettre qu’il avait reçue de l’auteur était, parait-il, si ambiguë qu’elle prêtait aux interprétations les plus diverses. De là, pour le malheureux mandataire une situation des plus embarrassantes, dont il était en droit de se plaindre.

Et la commission qu’Hippolyte reçoit un jour d’aller mesurer, à un centimètre près, la galerie d’Orléans au Palais-Royal ! Il s’agissait d’un gros pari. Ce sont là des riens, mais qui peignent l’homme et expliquent le rôle d’affectueuse direction que peu à peu llippolyte avait assumé vis-à-vis de son aîné.

La plus délicate question qui se posât pour Auguste Flandrin, était celle de son mariage. Il approchait de quarante ans et souffrait de n’avoir pas d’intérieur. 11 aurait voulu trouver le bonheur, sans avoir à le chercher : plusieurs partis étaient en vue et, suivant son habitude, il hésitait toujours. Son frère lui faisait entendre de sages conseils.

Voici d’abord en quels termes il l’engageait à ne pas épouser une femme qui n’aurait pas la même religion que lui : « Lors même qu’on a laissé longtemps dormir dans son cœur le sentiment religieux, il est dangereux, malheureux de s’unir à une personne qui ne pense pas comme vous, car on change, et ces différences, qui d’abord paraissent nulles, in-

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différentes, peuvent être plus tard des causes de désunion, surtout lorsqu’on a des enfants et que, ne voulant pas affaiblir ou annuler l’enseignement religieux qui leur est donné, le père ou la mère se trouve, sinon condamné, au moins accusé. Puis tu sais comme moi que là (nous en avons un assez bel exemple dans notre mère), dans la religion seulement, on trouve un vrai recours contre les peines et les chagrins, et, lorsque ce sentiment est profond, sincère, quel malheur de n’ètre pas en parfait accord avec celle qu’on aime 1 ! »

Ailleurs H ippolyte Flandrin insiste sur le prix d’un bon caractère :

« Je te voudrais une femme qui t’aimât bien et qui surtout eût un bon caractère. C’est là à mes yeux une des plus précieuses choses que l’on puisse désirer, car elle renferme ces vertus usuelles, on peut dire, ces vertus de tous les jours et de tous les instants, celles enfin qui peuvent le mieux aider au bonheur de la vie2. »

llippolyte recommande encore à son frère de se préoccuper de la santé de sa future. Quant à l’argent, il n’en est pas question. Sages conseils autant que délicats, mais qui devaient être cruellement superflus pour Auguste.

Jamais l’amitié n’avait été plus vive et plus expansive entre les trois frères. La catastrophe du chemin de fer de Versailles, où périt Dumont-d’Urville et dont Hippolyte et Paul avaient failli être témoins, peutêtre victimes, avait été pour leur mutuelle affection une de ces secousses qui réveillent les sentiments au

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