février
habitudes (l’un travail opiniâtre et par un étroit attachement au toit domestique. L’existence de Flandrin s’est pour ainsi dire renfermée tout entière dans sa tranquille demeure de la rue de l’Abbaye. Les mois d’été, il est vrai, il installait sa femme et ses enfants auprès de Paris, à Montmorency, et il revenait chaque soir auprès d eux. Plus tard, pour obéir à un impérieux besoin de repos, il se permit quelques stations en famille au bord de la mer, mais toujours courtes, quelques petits voyages, mais pour ainsi dire furtifs et hâtés par l’arrière-pensée du retour. Il ne se séparait guère des siens que pour se rendre à Lyon, de loin en loin, à l’appel du devoir filial, et le plus souvent sous le coup de nouvelles alarmantes.
Alors l’éloignement, attendrissant sa sensibilité toujours si impressionnable, inspirait à son cœur une éloquence naïve et passionnée, et, en attendant que, comme le pigeon voyageur, il regagnât le nid, il écrivait ces lettres qui sont comme de pures et suaves empreintes de son âme :
«... Je te remercie bien de ne pas avoir attendu ma lettre et de m’avoir envoyé la tienne, car j’étais bien impatient et j’aurais été en peine. Je t’ai déjà relue quatre ou cinq fois et, comme hier il ne me restait que peu de temps, je ne sais si je t'ai assez dit combien je t’aime. Non, je ne l’ai pas fait assez, si je juge du bien que cela doit te faire par celui que j’éprouve, lorsque je telis et trouve cette bienheureuse expression. Regarde, il faut que j’en sois bien avide, puisque toute ta vie me le dit bien éloquemment, c’est égal, dis-le encore, car j’y trouve une joie et une douceur infinies1. »