août
était fort bien, mais surtout on a été plein de bonté et de cordialité. Paul et moi, en face l’un de l’autre, formions le milieu de la table et entourés des professeurs. On a porté des santés plusieurs fois. J’ai cherché à répondre en remerciant, mais d’une manière assez piteuse, je l’avoue. (Oh ! que je maudis cette absurde timidité !) enfin ça a passé. On a fait mille charges très spirituelles ; un de nos anciens élèves a chanté d’une voix magnifique des choses qui ont été fort applaudies, et ceux de ces messieurs qui étaient assez près de moi ont bu leur premier verre à la santé de ma femme et de ses chers enfants. Ça m’a touché, tu le sens bien. Enfin nous avons tous lieu de nous applaudir de l’effet de cette belle réunion et nous en sommes vraiment reconnaissants. Mais, au milieu de cette effusion, on nous a arraché une promesse, celle d’assister au diner que les élèves de l'Ecole donneront à leurs professeurs demain lundi. On a mis enjeu prières, vieux souvenirs, et, comme c’était M- Bonnefond qui se faisait l’organe des élèves, il n'y a pas eu moyen de résister et voilà notre bonne réunion repoussée d’un jour!... Gomme toi, je souffre de notre séparation et avec joie je la verrai finir, mais la pauvre maman, qu’il est difficile de la quitter ! Oh! que je l’aime, cette bonne mère ! elle est meilleure que jamais et ce jour de plus lui fait tant de plaisir 1 ! » Ces retours dans la maison de son enfance n'étaient pas sans réveiller dans l’âme de Flandrin une foule de souvenirs, les uns tristes, les autres joyeux, tous mélancoliques et doux. Parfois ces intimes visions des années disparues venaient comme le hanter et assiégeaient son sommeil :
. 28 août 1853.
« J’étais très bien et cependant ai peu dormi. J’étais avec vous. Je repassais ma vie tout entière : je me voyais enfant au milieu de mes frères et sœur... ; les bontés de notre père et de notre chère mère..., j’ai tout revu, ressenti, et, comme un voyageur qui d’une hauteur regarde le chemin parcouru, je trouvais de la douceur à tant de regrets... Puis, à travers tous ces vieux souvenirs, je revenais souvent à toi, à nos enfants, et mieux que jamais, remerciais Dieu de la tendresse si dévouée et si bien dirigée de ma chère femme 4 . »
L’année 1855 fut privilégiée au point de vue des affections de famille. Les travaux de l’église d’Ainay appelèrent Flandrin à Lyon et le rapprochèrent ainsi de sa mère. Sa femme et ses enfants étaient installés dans une demi-campagne, au coteau de Sainte- Foy, aux portes de Lyon, et c’est là qu’il venait se reposer chaque soir ; mais dans le court répit qu’il s’accordait au milieu de son travail pour prendre son repas, c’était chez « la maman » qu’il allait déjeuner.
« Ces tête à tête ont l’air de lui faire grand bien et me causent à moi de douces émotions. Pauvre mère ! nous repassons sa vie et revoyons ensemble ceux qui ne sont plus, mais que nous aimons toujours 1 2. »
La mère de Flandrin avait beau prendre des années, elle restait jeune de cœur et d’ailleurs étonnamment vive et alerte. Son fils l’entourait toujours de tendres prévenances et de délicates attentions. Voici le récit d’une petite fête intime : c’était en 1856, la