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LE SANCTUAIRE ET LE CHŒUR

DE SAINT-GERMAIN-DES-PRÉS

C’est le succès d’Hippolyte Flandrin à Saint-Séverin, qui lui ouvrit les portes de Saint-Germain-des- Prés b Il ne se doutait pas qu’il dût décorer cette église presque tout entière. L’immensité de cette tâche l’eût elfrayé. Mais ce vaste projet ne fut conçu que peu à peu. En 184 1 il n’était pas encore question de la nef, ni meme du chœur tout entier, mais seulement du sanctuaire, c’est-à-dire des deux murs qui se dressent de chaque côté de l’autel principal.

Même réduit à ces proportions, le travail était considérable et dépassait de beaucoup en importance la

1. Annonçant cette nouvelle commande à son frère Auguste, dans une des dernières lettres qu’il lui ait écrites, Hippolyte Flandrin s’exprime ainsi : « La lettre du préfet était charmante, motivant sur ma chapelle de Saint-Séverin la confiance qui m’était accordée. » Il ajoutait : « Je suis très reconnaissant, surtout envers l’excellent M. Gatteaux, qui est toujours une des principales causes du bien qui m’arrive. » (Lettre du 1er juillet 1842).

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décoration d une chapelle latérale. Les idées justes sur le rôle que doit jouer la peinture murale, faisaient du chemin dans les esprits. L’administration devenait peu à peu plus hardie.

Le peintre était le premier à reconnaître qu’il était privilégié : nous en retrouvons l’aveu dans sa correspondance : « C’est ici l’occasion de s’élever, de se fortifier, car la place est belle et en évidence L.. Je remercie Dieu de m’avoir donné une si belle occasion de faire de la peinture religieuse 1 2... C’est certainement le plus bel ouvrage que j’aurai jamais à faire 3. » Sur ce dernier point, sa modestie le rendait mauvais prophète.

L’église Saint-Germain-des-Prés, vénérable relique de cette fameuse abbaye, qui, dans le vieux Paris, formait comme une cité monacale à la porte de la cité royale, remonte au onzième siècle. Fallait-il, pour approprier la décoration à ce cadre ancien, s’appliquer à reproduire les procédés et les allures de l’art de cette époque4? ou, tout en respectant les caractères généraux de sobriété et de sévérité, qui distinguent le style roman, l’artiste devait-il conserver sa liberté ? Etait-ce une reconstitution archéologique qu’on lui demandait, ou une œuvre originale ? En faisant choix d’Hippolyte Flandrin, le Conseil municipal avait tranché la question. Evidemment il n’attendait pas de lui qu’il fût roman ici, plus qu’il n’avait été gothique à Saint-Séverin. Ceux qui aiment par dessus tout la fidélité archéologique le regretteront. L'art n’y a rien perdu, semble-t-il.

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