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IIIPPOLYTE FLANDRIN
Ajoutons que, si de vieilles peintures, dûment authentiques, nous paraissent à bon droit précieuses et sacrées, les pastiches que l’on peut en faire à notre époque, sont loin de présenter le meme intérêt.
Les deux surfaces à décorer étaient incomparablement plus grandes que celles de la chapelle Saint- Jean. Malheureusement les dimensions, toujours beaucoup plus hautes que larges, exigèrent encore rétablissement de plusieurs divisions. Au-dessus des deux compositions principales l’artiste superposa deux rangées de figures isolées. Tout en haut sont représentés des personnages historiques dont le nom se rattache au’passé de l’abbaye : saint Germain, évêque de Paris; saint Vincent, diacre et martyr, ancien patron de l’église, qui s'appelait autrefois Saint-Vincent le doré ; le roi Childebert et la reine Ultrogothe, fondateurs de Saint-Germain-des-Prés et son premier abbé, saint Doctrovée; le roi Robert le Pieux; le pape Alexandre III; l’abbé Morard, qui présidèrent à la construction de l’abbaye, détruite au neuvième siècle par les Normands.
Au-dessous de ces personnages, règne une rangée de ligures allégoriques, d'un côté les vertus théologales : la Foi, l’Espérance et la Charité, auxquelles l’artiste a joint la Patience ; de l’autre les vertus cardinales : la Force, la Tempérance, la Justice et la Prudence.
Les efforts de Flandrin dans cette partie de la décoration se sont dépensés presque en pure perte. Qui donc apprécie des œuvres placées si loin du regard ? D’ailleurs les murs du sanctuaire, surtout celui de droite, sont tellement sombres que l’artiste fut obligé souvent de recourir à la lueur des bougies
et que chaque hiver il devait interrompre son travail, rendu d’ailleurs très pénible par le froid.
Pour les deux scènes principales, Flandrin fit choix de deux sujets qui forment une antithèse éloquente : Y Entrée de Jésus à Jérusalem, au milieu des acclamations de la foule, et la Maniée au Calvaire, deux cortèges, l’un triomphal, Pautre douloureux, deux processions de personnages, comme si l’artiste préludait inconsciemment au thème qu’il devait développer plus tard avec ampleur à Saint- Vincent de Paul. D’instinct il devinait le parti que la décoration peut tirer d’une troupe en marche.
Au centre de la première composition, le Sauveur s’avance avec douceur sur une ânesse, que suit pas à pas un charmant ânon. Certes la hardiesse était grande de faire entrer ainsi en pleine église ces deux modestes animaux. Bossuet, décrivant dans un de ses sermons le triomphe pacifique de Jésus-Christ, semble avoir éprouvé, sinon quelque respect humain, du moins quelque embarras à présenter à ses auditeurs orgueilleux le Fils de Dieu dans un si « malheureux équipage L » Peut-être un peintre d'un goût exclusif eût-il reculé devant l’humble monture. Flandrin a dessiné sans s'effaroucher l’anesse et son ânon. On dirait qu’il les a regardés avec cette sympathie poétique qu’ils eussent inspirée à l'âme d’un Virgile ou d’un saint François d’Assise.
La figure du Christ s’impose tout d’abord par son attitude simple et à la fois noble et sereine. L’artiste n’a pas atteint du premier coup cet idéal. 11 écrivait à son frère Paul à ce propos : « Je travaille à ma composition : elle a changé, et, je crois, gagné. Tout