‹ Hippolyte FlandrinChapitre 87 sur 211 · LA MONTÉE AU CALVAIRE · texte numérisé non relu

LA MONTÉE AU CALVAIRE

Saint-Gcrmain-des-Prés, I8i6).

goisse, tout dans sa personne exprime la souffrance et cependant il paraît plus sensible aux pleurs des siens qu'à ses maux, plus ému de ce qui se passe derrière lui, parmi ceux qui l'aiment que des supplices qui se préparent là-haut, sur le Golgotha.

Derrière saint Jean se groupent les saintes femmes, soutenant dans leurs bras la Vierge q\ii défaille, scène pathétique, dont le souvenir, consacré par la tradition sous le nom de Spasme de la Vierge, a inspiré aux peintres italiens des chefs-d’œuvre.

« Voilà qui est maître comme les grands maîtres ! » s’écria Ingres en voyant le travail de son élève. Un juge d’un tout autre tempérament, le froid critique de la Revue des Deux-Mondes , Gustave Planche, n’hésitait pas à mettre le nom d’Hippolyte Flandrin à côté de celui de Delacroix. Dans le même article, il étudiait les peintures de l’un à la Chambre des Pairs et de l’autre à Saint-Germain-des-Prés. Il concluait ainsi : « MM. Delacroix et Flandrin viennent de répondre victorieusement aux détracteurs de l’Ecole française. On allait répétant partout qu’elle n’avait plus d’autre souci que de plaire à la bourgeoisie; qu’elle renonçait aux grands travaux et avait perdu le sens de la tradition italienne : M. Delacroix, en se rattachant à l’Ecole de Venise, M. Flandrin, en consultant l’Ecole romaine, ont réduit à leur juste valeur toutes ces banales déclamations. Depuis longtemps", l’Ecole française n’avait rien produit d’aussi important1. »

1. Revue des Deux-Mondes, 1er juillet 184f». — Les éloges d’un juge aussi redouté que Gustave Planche ont un prix relevé par l’habituelle sévérité de ses critiques. Or Gustave Planche approuvait hautement le style adopté pour les peintures de Saint-Germain-des-Prés. « Il n’y a ici de byzantin que le fond

Quelques années plus tard, Charles Blanc, regrettant que les peintures de la nef fussent encadrées d’ornementations polychromes dont les tons, à son avis, leur faisaient tort, jetait un regard très sympathique sur les peintures du sanctuaire. « Les deux compositions sur fond d’or, Y Entrée à Jérusalem et la Marche au Calvaire , qui déjà décoraient le chœur de l’église, sont restées admirables de tout point, et d’une beauté si touchante, d’un sentiment si profond, si pénétrant, qu elles nous reportent, après dix-huit siècles, au commencement du christianisme. Réunissant les naïvetés de la foi primitive avec les ressources d’un art achevé, ces deux peintures sont empreintes d’une douceur évangélique, et la science consommée qui s’y trouve, n’en refroidit ni la tendresse, ni l’émotion1. »

Mais pour l’auteur, ces peintures n’étaient qu’un commencement. Comme ces vainqueurs de l’ancienne Rome qui voyaient proroger leur commandement sur le théâtre de leurs succès, il recevait la mission de décorer le chœur tout entier.

Cette fois les plans s’élargissaient avec ampleur. Victor Baltard, qui devait plus tard se montrer l’architecte hardi des Halles et de Saint-Augustin, venait d’étre nommé inspecteur des Beaux-Arts. C’était un homme d’initiative en meme temps qu’un artiste à

d’or, écrivait-il. L auteur, éclairé par un goût sùr, a compris que l’archaïsme appliqué aux arts du dessin n'est pas moins puéril que dans les compositions littéraires. » Passant ensuite à l’étude des deux compositions, Gustave Planche se montrait très satisfait de l'Erilrée à .Jérusalem et beaucoup moins de la Moulée au Calvaire. Nous avouons ne pas voir les raisons d'un jugement si différent sur deux œuvres également belles et, si nous avions une préférence, ce serait plutôt pour le cortège si pathétique du Golgotha.

Page 1