J.-B. Poncet
tère de T Intérieur pour une salle du Conseil d’Etat. Le sujet en peut être rapproché de celui que Flandrin avait traité : Saint Louis dictant ses Etablissements . Mais ici, sans que nous sachions s’il a cédé à sa propre inspiration ou s’il s’est conformé aux conditions données, l’auteur a représenté son héros seul, debout, devant un trône, dans une attitude qui convient plus à une statue qu’à un tableau. Il est donc sorti du cadre historique pour se jeter dans l’allégorie ou du moins dans la peinture d’apparat. Quelles que fussent les qualités d’exécution qui se montraient dans cette œuvre, elle était trop pompeuse et surtout trop abstraite pour n’être pas froide. Flandrin n’était pas là sur son terrain L
1. Ce tableau, le dernier tableau proprement dit que Flandrin ait peint, a été brûlé dans l’incendie de la salle du Conseil d’État, à la Cour des Comptes (mai 1871).
YÏII
L’âge et les succès ne changèrent rien aux sentiments d’humble déférence et de tendre admiration qui animaient Flandrin à l’égard d’Ingres ; ils ne firent qu’y ajouter une valeur plus rare. Nous voudrions rappeler ici quelques-unes des circonstances où Flandrin apparut vis-à-vis de son maître, suivant le mot de Beulé, dans « cette attitude inclinée et charmante », dont il ne se départit jamais.
11 était revenu de Rome à la fin de 1838, Ingres devait y rester encore deux ans. A peine de retour, Flandrin vit venir à lui un certain nombre de jeunes gens qui lui demandaient des leçons.
La clôture prématurée de l’atelier d’Ingres, en 183/i, alors que la renommée et l’influence du maître grandissaient chaque année, avait laissé sans direction et dans un pénible désarroi beaucoup de jeunes artistes qui s’étaient rangés sous sa bannière. Quelques-uns, nous l’avons vu, étaient partis à sa suite en Italie. La plupart avaient dù se rejeter sur un
autre atelier. Mais où trouver l’équivalent de l’enseignement d'Ingres ? A défaut de sa parole passionnée et de son incommunicable autorité, on pouvait du moins recueillir la fidèle expression de sa doctrine et l’enthousiasme pour ses exemples sur les lèvres de Flandrin, qui plus que tout autre avait honoré l’école par ses œuvres et qui restait étroitement uni de pensée et de cœur au maître absent.
Dans son ardeur de propager des idées qui lui étaient si chères, le jeune artiste aurait volontiers assumé cette charge. Mais ne voulant rien engager sans l’assentiment d’Ingres, il commença par refuser.
« On m’a déjà présenté beaucoup d’élèves1, mais, faute de savoir l’opinion de M. Ingres sur une semblable entreprise, j’ai refusé. Si j’étais sûr que ça ne lui parût pas impudent et présomptueux, j’aurais bien vite monté un atelier, où j’aurais le bonheur de répandre ses idées chez des gens qui le désirent 2.
Ingres, consulté, envoyait la réponse suivante assez catégorique :
« Eh oui! mon cher, au plus vite ouvrez votre école. J’aime encore assez mon ingrat et fou de pays pour lui désirer ce bienfait. Faisons-le aussi pour le culte de cet art admirable dans Raphaël et les Grecs. Quant à moi je ne rouvrirai plus jamais la mienne, mais ce me sera un bonheur de la voir continuer par vous, qui en êtes si digne et si capable... Je ne doute nullement que vos nouveaux élèves ne vous portent le meme respect et la même confiance qu'à
1. « Dernièrement, Mrao George Santl, tenant beaucoup à ce que son fils devînt mon élève particulier, m’envoya deux ambassadeurs, mais faute de local j’ai dù refuser. » 17 novembre 1839.